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Rejeté 99 fois, L'héritier ne supplie plus
Le jour où j'avais prévu de la demander en mariage, ma petite amie, Evelyn Johnson, m'a posé un lapin pour la quatre-vingt-dix-neuvième fois. Tout ça pour traîner avec Andrew Langley, son nouvel assistant. Je n'ai pas fait de scandale. Je voulais juste une explication en la retrouvant. Mais je suis tombé par hasard sur leur conversation. « Mademoiselle Johnson, vous n'avez pas peur que Christopher devienne jaloux et vous quitte à force de nous voir tout le temps ensemble ? » Evelyn a ricané : « Christopher Clark ? Ce raté n'a ni fric ni relations ! Même son boulot, c'est grâce à moi qu'il l'a. Il ne tiendrait pas deux jours sans moi. Je te l'ai déjà dit, ce n'est qu'un passe-temps. Tu ne croyais quand même pas que j'allais l'épouser ? » J'ai esquissé un sourire glacé. J'ai balancé la bague de fiançailles à la poubelle, puis j'ai posté sur Instagram : [Le moral à zéro. Quelqu'un de chaud pour sortir ? Offre à durée limitée.] Tout le monde a cru que je faisais juste ma crise de jalousie ou que je boudais. Ils étaient loin d'imaginer qu'après avoir été rejeté 99 fois, je pouvais enfin redevenir ce que j'étais : le richissime héritier de ma famille. Quand Evelyn m'a appelé, j'étais affalé dans une suite privée d'un spa de luxe, la vapeur si dense que j'avais du mal à garder les yeux ouverts. J'ai décroché d'un ton nonchalant : — Qu'est-ce qu'il y a ? — C'est quoi ce post Instagram de cet après-midi ? À travers l'écouteur, la voix d'Evelyn était glaciale, empreinte de sa condescendance habituelle. C'était toujours comme ça avec moi. J'avais fini par croire qu'elle était naturellement froide, rigide comme un iceberg. Alors, je m'étais comporté comme un chien fidèle, pesant chacun de mes mots par message pour ne surtout pas la contrarier. Puis Andrew avait débarqué dans la boîte comme assistant d'Evelyn. Et chaque fois qu'il lui tendait un dossier, son regard s'adoucissait et elle lui offrait son plus beau sourire. C'est là que j'ai compris. Evelyn savait très bien sourire. Elle refusait juste de le faire pour moi. Au même moment, la voix suave de la masseuse a résonné : — Bonjour, monsieur. J'ai répondu avec un sourire : — On peut commencer. N'y allez pas de main morte, j'encaisse bien. Entendant le bruit de fond, Evelyn a marqué une pause avant de lâcher d'un ton outré : — Christopher, tu ne traînes jamais dans ce genre d'endroit. Ma vie ne tournait qu'autour de trois choses : mon appart, le bureau, et Evelyn. Non seulement je gérais tout le ménage, mais j'étais aussi aux petits soins pour elle. Elle disait adorer mes plats, alors je me mettais aux fourneaux tous les soirs après le boulot. Elle raffolait des viennoiseries d'une boulangerie du centre-ville, alors je me levais aux aurores et me tapais trois heures d'aller-retour en voiture pour qu'elle les ait toutes chaudes avant de partir travailler. Un soir, après un dîner professionnel arrosé, je lui avais fièrement apporté un bol de porridge brûlant : — Mange un peu. Ça va calmer ton estomac. Elle m'avait juste toisé avec mépris : — T'es vraiment pathétique. Tu peux arrêter de tourner en rond dans la cuisine toute la journée ? C'est gênant ! Trouve-toi une vie, bon sang ! Arrête de me tourner autour comme une mouche, c'est insupportable. En repensant à ça, j'ai laissé échapper un petit rire détaché : — Le boulot est crevant en ce moment, j'ai voulu me faire plaisir. Ça te pose un problème ? Evelyn a semblé déstabilisée par ma réponse. Elle a hésité, puis a reniflé avec dédain : — Tu passes tes journées à te la couler douce. Qu'est-ce qui est si crevant ? Elle semblait avoir oublié qu'au tout début de la boîte, c'était moi qui courrais tous les déjeuners d'affaires, décrochais les contrats et buvais jusqu'à m'évanouir et finir aux urgences. À l'époque, assise au bord de mon lit d'hôpital, Evelyn m'avait pris la main : « Je n'oublierai jamais tout ce que tu fais pour moi. Quand la boîte aura décollé, je te donnerai un poste tranquille. Tu pourras te la couler douce et faire tout ce que tu veux ! » Et maintenant, pour un seul jour d'absence, elle ne pouvait plus me supporter. Elle a poursuivi sa leçon de morale : — Christopher, tu dépasses les bornes ! Non seulement tu sèches le boulot sans raison, mais en plus tu vas au spa pendant les heures de travail ! Tu ferais bien de prendre exemple sur Andrew. Il est nouveau, mais il a soif d'apprendre. Il vient tout juste de boucler un contrat en or qui rapporte cinq millions à la boîte ! J'ai ricané : — Tu es sûre que c'est Andrew qui a bouclé ce contrat ? Le deal dont elle parlait, c'était moi qui l'avais négocié pendant des semaines, alignant trois nuits blanches consécutives pour satisfaire les investisseurs. Et au moment précis de signer, Evelyn était venue me voir : « Christopher, Andrew débute et il doit faire ses preuves. Tu ne pourrais pas l'intégrer au projet et lui servir de mentor ? » J'avais accepté. Puis, dans mon dos, Evelyn avait attribué tout le mérite à Andrew. Furieux, j'étais allé lui demander des explications. Et elle m'avait sorti ça d'un ton doctoral : « Andrew est jeune, il a besoin de cette victoire pour s'imposer. Toi, tu es un ancien. Tu dois faire preuve d'esprit de sacrifice. » Je n'avais rien trouvé à répondre. La différence entre être aimé et ne pas l'être crevait les yeux. En y repensant, j'ai lâché un rire moqueur : — Puisque tu trouves Andrew si génial, laisse-le tout gérer à partir de maintenant. — Christopher, qu'est-ce que tu sous-entends par là ? Même à travers le téléphone, je visualisais parfaitement son visage glacial. Mais désormais, je m'en fichais éperdument. — Je sous-entends que je démissionne. Après avoir prononcé ces mots calmement, j'ai raccroché. J'étais épuisé. Je n'avais plus envie de jouer à ce petit jeu. Après un instant d'hésitation, j'ai composé ce numéro mis de côté depuis trois ans. La tonalité a retenti, puis quelqu'un a décroché presque aussitôt. — Espèce de sale gosse, je croyais que tu m'avais rayé de ta vie pour toujours. Les larmes me sont montées aux yeux en entendant cette voix si familière : — Papa. Trois ans plus tôt, j'avais presque coupé les ponts avec Thomas, mon père, juste pour être avec Evelyn. J'avais catégoriquement refusé le mariage arrangé par ma famille. Thomas m'avait prévenu : il m'avait dit qu'Evelyn avait un regard froid, distant, qu'elle n'était pas fiable. Mais j'étais persuadé d'avoir trouvé le grand amour. J'avais même fait un pari avec lui : « Si Evelyn me rejette quatre-vingt-dix-neuf fois, j'accepterai ce mariage arrangé. » À l'époque, j'étais tellement sûr de moi. Qui pouvait rejeter quelqu'un quatre-vingt-dix-neuf fois ? Avec le recul, j'avais été le roi des imbéciles. — Papa, j'accepte le mariage arrangé.— Tiens donc, le fils prodigue a enfin retrouvé ses esprits ? s'est étonné Thomas. — Je croyais qu'avec assez de patience et de sincérité, je pouvais faire fondre le cœur le plus glacé, ai-je soupiré. J'étais juste naïf. Mon père a claqué de la langue avec désapprobation : — Je te l'avais dit qu'Evelyn n'était pas faite pour toi. Mais est-ce que tu as écouté ? Non, il a fallu que tu touches le fond. Quand est-ce que je t'ai mal conseillé ? J'ai esquissé un sourire amer, sans répondre. Il y a des leçons qu'on doit apprendre à la dure. Au bout d'un instant, la voix de Thomas s'est adoucie : — Je suis content que tu aies ouvert les yeux. Je vais tout de suite organiser des rencontres avec des candidates convenables. Et passe à la maison plus souvent. Ta mère se meurt de ne pas te voir. Elle me reproche d'avoir été trop dur avec toi. — D'accord, ai-je soufflé. Après un silence, Thomas a repris : — Pendant qu'on y est, pourquoi tu ne claques pas la porte de cette boîte ? De toute façon, je vais couper les financements de leurs projets. — Quels projets ? ai-je demandé, perplexe. — Espèce d'arrogant, a rigolé Thomas. Tu croyais vraiment que tu fermais tous ces gros contrats tout seul, autour de trois verres ? Sans mes interventions en coulisses, ta boîte de pacotille aurait fait faillite depuis des lustres. Je suis resté figé. Puis la réalité m'a frappé de plein fouet. Pendant toutes ces années, je croyais avoir tout bâti à la sueur de mon front, alors qu'en réalité, mon père m'avait soutenu dans l'ombre. Cette nuit-là, je ne suis pas rentré chez moi. J'avais totalement oublié les corvées ménagères, les tâches ingrates du boulot, et même Evelyn. Je me sentais si léger. Pour la première fois depuis des années, j'ai dormi d'un sommeil profond, sans faire de cauchemars. Quand j'ai rouvert les yeux, il était déjà onze heures. J'ai pris le temps de m'habiller et je suis parti vers l'entreprise, le pas tranquille. Dès l'entrée, je suis tombé nez à nez avec Evelyn, qui attendait l'ascenseur. Elle a froncé les sourcils avant de me sermonner : — Qu'est-ce que tu fais là à une heure pareille ? Ta prime du mois est annulée ! Je me suis avancé, l'air détaché : — Pas grave, c'étaient des miettes de toute façon. Evelyn a pris mon indifférence pour de la soumission. Ses yeux ont brillé d'une lueur moqueuse : — Tu faisais moins le malin au téléphone hier, non ? Tu parlais de démissionner, tu as découché... et maintenant tu as le culot de te pointer au travail ? Tu as déjà claqué tout ton fric, c'est ça ? Elle affichait cet air supérieur qu'elle prenait toujours, persuadée que je ne pouvais pas survivre sans elle. Elle gardait la tête haute, fière comme un cygne. Je savais qu'elle attendait que je rampe et que je lui présente des excuses. Mais je me suis contenté d'un sourire poli et je lui ai tendu ma lettre de démission, déjà imprimée. — Mademoiselle Johnson, vous vous faites des idées. Je ne suis pas venu travailler. Je suis venu déposer ma démission. Evelyn a été prise de court. Son visage est passé de la surprise à la stupeur : — Christopher, mais qu'est-ce qui te prend, bon sang ? J'ai haussé les épaules : — Vous nous répétez tout le temps que l'entreprise ne garde pas les bons à rien. Comme vous semblez penser que je me tourne les pouces sans rien apporter, je n'ai plus le culot de rester ici. De plus, ai-je poursuivi avec une pointe d'ironie, vous trouvez Andrew tellement plus compétent que moi. Autant que je parte maintenant pour lui laisser toute la place, non ? Comme par magie, Andrew est apparu, un tas de dossiers serré contre lui. Il avait visiblement tout écouté. Ses yeux se sont aussitôt embués : — Christopher... Tu te disputes avec Mademoiselle Johnson par jalousie à cause de moi ? Tout ce que je fais, c'est pour le bien de l'entreprise ! Je voulais juste aider Mademoiselle Johnson ! C'est ma faute... Je n'aurais pas dû me mettre en avant. J'ai créé un malentendu entre vous. Mademoiselle Johnson, vous devriez peut-être me virer ! Sa comédie était si exagérée, tellement ridicule que n'importe qui aurait vu clair dans son jeu. N'importe qui, sauf Evelyn. Son regard s'est attendri de compassion : — Ne t'en veux pas, Andrew. Tu fais un travail formidable. Puis elle a braqué ses yeux glacials sur moi : — Regarde Andrew. Il est tellement mûr, tellement dévoué. Et puis il y a toi, toujours jaloux, toujours à faire des histoires. Tu es d'une immaturité affligeante. J'ai vu Andrew dépasser timidement derrière l'épaule d'Evelyn pour m'adresser un rictus suffisant, comme un roquet marquant son territoire. Avant, cela m'aurait rendu fou de jalousie. Mais là, j'assistais à cette scène avec un amusement détaché. On aurait dit deux clowns répétant leur numéro pour me divertir. Andrew a ensuite sorti un contrat de sa veste : — Mademoiselle Johnson, j'ai besoin de votre signature là-dessus. J'ai bossé dessus pendant trois jours d'affilée. — Bien sûr, a répondu Evelyn en prenant le dossier sans même jeter un œil. Elle s'apprêtait à signer quand je suis intervenu : — Ce contrat a un problème. Tu ne devrais pas le signer.Par respect pour nos années passées, je tenais à la prévenir : — J'ai déjà épluché ce contrat. Les garanties du partenaire sont plus que douteuses. C'est un nid à problèmes. Si on injecte de l'argent là-dedans à l'aveugle, on risque de tout perdre. J'ai marqué une pause, faussement surpris : — C'est bien Andrew qui gère ce dossier, non ? Il n'a fait aucune vérification préliminaire ? Les yeux d'Andrew se sont immédiatement remplis de larmes : — Christopher, si tu as un problème avec moi, dis-le-moi en face ! Tu n'as pas besoin de me calomnier comme ça ! Le cœur d'Evelyn s'est fendu en voyant Andrew au bord des larmes : — Andrew, ne pleure pas ! Je te fais confiance ! Se tournant vers moi, elle s'est mise à hurler : — Andrew a passé trois nuits blanches d'affilée sur ce dossier ! Je l'ai vu de mes propres yeux. Il se donne corps et âme pour cette boîte. Pourquoi est-ce qu'il me mentirait ? Alors que toi, tu ne fais que lui pourrir la vie ! Tu profites de ton ancienneté pour écraser les petits nouveaux. Comment tu peux te regarder dans une glace ? Présente tes excuses à Andrew, tout de suite ! Andrew a essuyé discrètement une larme et a tiré sur la manche d'Evelyn : — Mademoiselle Johnson, s'il vous plaît, ne disputez pas Christopher. Je suis sûr qu'il est juste inquiet, c'est tout. Ne vous énervez pas. C'est pas grave, je peux encaisser. Evelyn s'est aussitôt radoucie. Non seulement elle a signé le document sur-le-champ, mais elle l'a récompensé d'une promesse : — Dès que ce projet sera bouclé, je t'offrirai une voiture pour que tu n'aies plus à te serrer dans le bus tous les matins. J'ai secoué la tête et j'ai tourné les talons. Puisqu'Evelyn couvait autant son petit protégé, elle n'avait qu'à assumer les retombées. Voyant que je n'avais pas la moindre intention de m'excuser, Evelyn est restée interdite. D'habitude, j'aurais déjà supplié pour obtenir son pardon. Qu'est-ce qui m'arrivait ? Elle a serré les dents et a hurlé : — Très bien ! Dégage ! Et ne remets plus jamais les pieds ici ! En montant dans l'ascenseur, j'ai entendu Andrew murmurer d'un ton mielleux : — Mademoiselle Johnson, Christopher a agi sur un coup de tête. Vous devriez peut-être aller le rattraper pour calmer les choses. La voix d'Evelyn a fusé, cassante : — Le rattraper ? Il n'a aucune compétence et aucune relation. Quelle entreprise voudra de lui une fois qu'il m'aura quittée ? Il reviendra ramper d'ici quelques jours ! J'ai esquissé un rictus. Evelyn, le Christopher qui n'avait d'yeux que pour toi est mort et enterré. Le lendemain, Charlie Watson, le directeur de la filiale de notre groupe familial, m'a donné rendez-vous dans un grand restaurant du centre-ville. J'étais préparé, avec des analyses solides sur plusieurs marchés. Après notre échange, Charlie n'en revenait pas : — Monsieur Clark, avec un tel talent, comment avez-vous pu vous contenter de croupir dans une si petite entreprise ? J'ai eu un rire d'autodérision : — J'avais sans doute le cerveau ramolli par l'amour à l'époque. Mais je suis complètement guéri. Charlie a souri avec tact et a rapidement changé de sujet. Il a posé un épais dossier devant moi : — Monsieur Clark père souhaite organiser une grande conférence d'investissement via notre filiale. L'information a déjà fuité, et c'est vous, jeune maître, qui superviserez tous les détails. J'avais compris : mon père me préparait le terrain pour mon grand retour. — Parfait. Rassemble tous les dossiers des entreprises candidates et envoie-les-moi. Quand nous sommes sortis du salon privé, je suis tombé nez à nez avec deux têtes bien connues dans le hall du restaurant. Evelyn et Andrew étaient installés à une table, riant aux éclats, ressemblant à s'y méprendre à un petit couple parfait. Evelyn m'a aperçu, et son visage s'est décomposé, mal à l'aise. Avant même que je n'ouvre la bouche, elle s'est empressée de justifier sa présence : — Ne te fais pas d'idées. On discutait simplement du partenariat avec le Groupe Clark pour le mois prochain. J'ai lâché un léger sourire : — Tu n'as pas de comptes à me rendre. C'est du travail, je comprends très bien. Andrew a sauté sur l'occasion pour intervenir : — Mademoiselle Johnson s'est tuée à la tâche jour et nuit pour ce partenariat avec le Groupe Clark. Elle est au bout du rouleau. C'est pour ça que j'ai réservé ce délicieux déjeuner, pour qu'elle puisse reprendre des forces. L'affection d'Evelyn pour Andrew a immédiatement redoublé : — Andrew, tu es tellement prévenant. Pas comme certains qui vous lâchent dans les moments cruciaux et vous brisent le cœur. Andrew s'est lové contre l'épaule d'Evelyn : — Évidemment ! N'ai-je pas promis d'être le petit chaton le plus obéissant de Mademoiselle Johnson ? Miaou ! Andrew a même poussé le ridicule jusqu'à imiter un miaulement suraigu. Cette voix fluette et hypocrite m'a donné des frissons de dégoût et une envie de vomir. Mais Evelyn buvait ses paroles. Elle lui a caressé tendrement les cheveux : — Quel gentil garçon... un vrai petit chaton collant.Evelyn était encore persuadée que j'étais là pour implorer son pardon. Ses yeux débordaient de mépris : — Je te croyais plus digne que ça. Déjà de retour pour ramper ? Même si tu te mettais à genoux pour t'excuser, je ne te pardonnerais pas. Tu m'as trop déçue. Je n'ai pas pu m'empêcher de pouffer de rire : — Tu te trompes complètement. Je suis ici pour affaires. Evelyn a froncé les sourcils : — Toi ? Pour affaires ? Christopher, je sais ce que tu vaux. Quelle boîte sérieuse voudrait t'embaucher ? Tu t'es probablement fait arnaquer ! Elle a toisé Charlie de la tête aux pieds, puis a ricané : — Il est bien habillé, mais il doit bosser pour une boîte bidon prête à couler. Charlie s'apprêtait à répliquer sèchement pour me défendre, mais je l'ai arrêté d'un geste : — Ça ne vaut pas la peine de s'énerver pour quelqu'un comme elle. On se verra à la conférence d'investissement. Ah, et au fait... entre nous, c'est bel et bien terminé ! J'ai souri en lui faisant un petit signe de la main, ignorant sa mine déconfite, et je suis parti. Grâce à Charlie, j'ai pris les rênes de la filiale rapidement et sans accroc. En épluchant la liste des entreprises candidates pour la conférence d'investissement, j'ai été surpris d'y trouver celle d'Evelyn. — Patron, on raye cette boîte de la liste ? a demandé Charlie, encore agacé par ce qui s'était passé au restaurant. J'ai secoué la tête : — Non, on fait les choses dans les règles. J'étais curieux de voir quel genre de projet foireux Evelyn et Andrew allaient nous présenter. Le jour de la conférence d'investissement, tout s'est déroulé à la perfection. Quand je suis arrivé, la grande salle était déjà noire de monde. Alors que je cherchais Charlie du regard, Evelyn a surgi devant moi, Andrew sur ses talons. Andrew portait un costume flambant neuf, l'air aussi fier qu'un paon en parade. — Christopher ? En me voyant, le regard d'Evelyn a oscillé entre surprise et dédain : — Ta boîte minable a réussi à s'inviter à la conférence d'investissement, elle aussi ? Je n'ai rien répondu. J'ai juste esquissé un sourire poli en pointant le bout du couloir : — Ceux qui viennent déposer leur dossier, c'est par là-bas qu'il faut s'enregistrer. Mon détachement a fait monter la moutarde au nez d'Evelyn : — Christopher, on est tous ici pour la conférence. Tu joues à quoi, exactement ? Elle a marqué une pause, les sourcils froncés : — Et au fait... pourquoi toutes tes affaires ont disparu de la maison ? — On a rompu. J'ai repris mes affaires, c'est logique. En réalité, j'avais tout balancé à la benne depuis belle lurette. Garder ces souvenirs m'aurait porté la poisse. — Tu veux vraiment rompre avec moi ? a lâché Evelyn, prise d'un vertige d'incrédulité. Par le passé, à chaque dispute, je boudais deux ou trois jours avant de revenir en rampant. Mais cette fois, mon regard froid et implacable lui était totalement inconnu. C'était comme si quelque chose de précieux lui glissait définitivement entre les doigts. Pour la première fois, le ton d'Evelyn s'est adouci : — Chris, arrête de faire l'enfant. Je sais que j'ai été distante ces derniers temps, mais c'était uniquement à cause du boulot. Dès que j'aurai décroché ce contrat avec le Groupe Clark, je t'emmènerai en vacances au soleil, rien que nous deux. Rentre à la maison avec moi, d'accord ? J'ignorais ce qui la poussait soudain à jouer les douces brebis, mais peu importait. Le passé était mort. — Ce n'est pas la peine. Je peux partir en voyage tout seul. Mon ton tranchant l'a piquée au vif : — Christopher, pourquoi tu es si rancunier ? J'ai déjà fait le premier pas pour faire la paix ! Qu'est-ce que tu veux de plus ? Avec ton caractère de cochon, qui d'autre que moi voudrait bien de toi ? J'ai laissé échapper un ricanement. Même acculée, elle continuait de me prendre de haut. — Evelyn, c'est bien dommage, mais aujourd'hui, c'est ton arrogance qui va devoir s'incliner devant moi. Evelyn a levé les yeux au ciel : — M'incliner devant toi ? Mais pour qui tu te prends ? Tu crois que tu es le grand patron de cette conférence du Groupe Clark, ou quoi ? Pile à cet instant, Charlie est monté sur l'estrade sous les acclamations impatientes de l'assistance : — J'ai l'honneur d'annoncer l'ouverture officielle de la conférence d'investissement du Groupe Clark ! Veuillez accueillir notre grand responsable pour cet événement : Monsieur Christopher Clark !