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Ma fiancée m'a trompé, j'ai changé d'épouse le jour J
Ma fiancée a posté une vidéo sur Snapchat, mais elle a oublié de couper le son. En arrière-plan, j'ai entendu la voix d'un homme qui l'appelait par son prénom : « Est-ce que tu t'abaisserais un jour à le soulager avec tes mains ? » Manon a répondu : « Jamais de la vie. » « Je gagne un salaire à sept chiffres. Lui, c'est juste un toutou que je garde sous la main. » J'ai eu un sourire amer. J'ai jeté la bague en diamant rose que je tenais dans ma main. Puis, j'ai envoyé un message à mon père : « Papa, j'accepte le mariage arrangé. Renvoie Manon de l'entreprise. » Ensuite, j'ai appelé l'organisateur du mariage. « Allô ? Pour le mariage dans dix jours, il faut changer le nom de la mariée. Oui, on change de femme. » ............ « Très bien, on règlera les détails de vive voix. » J'ai raccroché au moment où Manon sortait de la salle de bain. Ses cheveux étaient encore humides, de la vapeur s'échappait de son peignoir. D'habitude, elle mettait une demi-heure pour se doucher. Aujourd'hui, elle y était restée une heure entière. Elle a jeté un coup d'œil à l'ordinateur portable resté ouvert sur la table, puis elle l'a refermé brusquement. En fronçant les sourcils, elle m'a demandé : « Tu étais avec qui au téléphone ? » Je lui ai dit la vérité : c'était l'organisateur du mariage. Manon s'est visiblement détendue. Elle était maintenant sûre que je n'avais pas vu ses messages. Sinon, connaissant mon caractère, j'aurais fait un scandale pour la forcer à licencier Enzo, comme je le faisais avant. Enzo, c'était le nouvel assistant de Manon, embauché il y a un an. Un jeune diplômé tout frais, plein de charme et de jeunesse. Il était drôle, dynamique et mignon. Manon l'appréciait beaucoup. Elle l'emmenait partout, pour faire des heures supplémentaires ou en voyage d'affaires. J'étais jaloux, et nous nous disputions souvent à ce sujet. Elle n'avait accepté de m'épouser que par lassitude. « Le mariage n'est que dans dix jours. Tu n'as pas besoin d'être aussi pointilleux », a dit Manon d'un ton plat, sans la moindre trace de joie. Elle pensait probablement que j'appelais juste pour régler de simples détails de décoration. Après tout, pendant nos cinq ans de relation, j'avais toujours tout organisé moi-même pour chaque fête et chaque anniversaire, uniquement pour lui faire plaisir. « Oui. » Plus besoin d'être pointilleux, en effet. Car la personne que j'allais épouser était encore plus perfectionniste que moi. Cette pensée m'a arraché un sourire amer. Manon a rejeté ses cheveux humides en arrière avec impatience. « Mes cheveux sont encore tout mouillés ! » Avant, chaque fois qu'elle sortait de la douche, je prenais patiemment le sèche-cheveux pour s'occuper d'elle. Mais aujourd'hui, je n'en avais plus envie. « Désolé, j'ai quelque chose d'important à faire. Sèche-les toi-même. » Manon s'est figée, et sa voix est devenue tranchante : « Qu'est-ce qu'un homme au foyer comme toi peut bien avoir de si important à faire ? » « Ton rôle principal, c'est de t'occuper de moi ! C'est toi-même qui l'as dit, tu as oublié ? » Une douleur aiguë m'a transpercé la poitrine. Il y a cinq ans, j'avais promis de prendre soin d'elle. Mais aujourd'hui, je n'en avais plus envie. « Je ne veux plus m'occuper de toi, Manon. » Sur ces mots, j'ai attrapé ma veste et j'ai franchi la porte sans me retourner. De retour chez mes parents, je me suis agenouillé devant eux, le cœur lourd de regrets. « Maman, Papa, je me suis trompé ! J'accepte l'alliance familiale. La date du mariage ne change pas, mais la mariée, oui ! » Mes parents se sont regardés, très surpris, et m'ont immédiatement demandé ce qui s'était passé. Pour rester avec Manon, j'avais coupé les ponts avec eux et quitté la maison familiale il y a cinq ans. Il y a quelques mois, lorsqu'ils ont appris que je voulais épouser Manon, ils n'ont plus pu le supporter. Ils étaient venus me voir pour me proposer une union parfaite : Inès Saint-Clair, l'héritière du groupe Saint-Clair et mon amie d'enfance. Elle était bien mieux que Manon sur tous les plans. À l'époque, j'avais refusé, affirmant que Manon était le grand amour de ma vie. Finalement, Manon venait de me donner une sacrée gifle et de me briser le cœur. « Mon fils, tu es vraiment d'accord pour ce mariage ? Tu ne veux pas d'abord la rencontrer ? », a demandé ma mère, la voix serrée par la peine en me voyant ainsi. « Pas besoin. J'ai confiance en votre choix. » Au moins, je ne souffrirais plus par amour. Tard dans la nuit, Manon m'a appelé. « Hugo, mes cheveux ont mal séché tout à l'heure, et maintenant j'ai attrapé froid. Tu peux rentrer à la maison pour m'apporter des médicaments ? » Sa voix était douce et affectueuse, elle essayait clairement d'arrondir les angles. D'habitude, après chaque dispute, dès qu'elle adoucissait le ton, je cédais immédiatement. Mais plus maintenant. « Tu n'as pas un assistant ? Demande-lui de t'apporter tes médicaments. Je suis occupé. Je raccroche. » La voix de Manon a soudainement vrillé, devenant aiguë et colérique : « Qu'est-ce qui te prend ?! Pourquoi tu me parles de lui maintenant ? Tu es mon futur mari, c'est à toi de t'occuper de moi ! » Je suis resté silencieux. Pendant cinq ans, Manon m'avait toujours donné des ordres de cette façon. Elle piétinait ma sincérité tout en laissant une porte ouverte aux autres. Et moi, j'avais été bien trop bête. Aveuglé par l'amour, je m'étais persuadé qu'elle avait juste un mauvais caractère, mais qu'elle m'aimait quand même. Ce n'est que lorsque je l'ai entendue me comparer à Enzo, disant que j'étais ennuyeux et que lui était excitant, que j'ai compris : elle ne pensait qu'à elle. « Je t'ai dit que j'étais occupé. Débrouille-toi. » J'ai raccroché. Mes parents ont poussé un soupir de soulagement. Le lendemain matin, je suis retourné à l'appartement pour préparer mes affaires. En ouvrant la porte, j'ai trouvé Manon allongée sur le canapé. Elle m'a regardé d'un air de victime. « Tu te décides enfin à rentrer. » Elle était pâle, une main posée sur son ventre, l'air affaibli. J'ai soupiré. Elle avait dû être très contrariée hier. Elle avait des problèmes d'estomac ; dès qu'elle stressait ou s'énervait, elle avait d'atroces douleurs. Même si j'étais décidé à partir, la voir ainsi me faisait encore un léger pincement au cœur. Je suis allé chercher la boîte à pharmacie, j'ai pris un cachet contre le rhume, puis je lui ai versé un verre d'eau. « Les médicaments sont dans le placard. Tu ne pouvais pas les prendre toi-même ? » Elle a pris le cachet, mais avant qu'elle ne puisse parler, une voix d'homme a résonné depuis la cuisine. « Manon, je mets du sucre dans ton bouillon ? » Enzo est sorti de la cuisine, un tablier noué autour de la taille. En me voyant, il s'est arrêté net, puis a souri : « Ah, Hugo ? Tu es là ? » On aurait dit le maître des lieux qui accueillait un invité. La seconde d'après, il a semblé réaliser son audace et s'est vite rattrapé : « Oh, tu es de retour ! Manon a de la fièvre et mal au ventre depuis ce matin. Comme elle disait que tu étais débordé, elle m'a demandé de passer lui déposer des médicaments. » C'est là que j'ai remarqué un sachet de pharmacie posé sur la table basse. J'ai souri intérieurement. Apparemment, je m'étais encore inquiété pour rien. Manon a avalé son cachet avec une grande gorgée d'eau. « Mon chéri, c'est quand même toi qui me soignes le mieux. » « Ne m'en veux pas, je t'ai attendu toute la nuit et tu n'es pas venu. Ce matin, j'étais tellement mal que j'ai dû appeler mon assistant. » Elle a posé sa tête sur mon épaule et a dit d'une voix faible : « Rien que de te voir, je me sens déjà beaucoup mieux. » « Enzo, tu peux retourner travailler maintenant. » Elle a fait un geste de la main pour le congédier. Une fois Enzo parti, Manon a pris ma main et m'a dit d'un ton sérieux : « Mon chéri, j'ai eu tort hier. Je n'aurais pas dû te parler sur ce ton. » « Tu me pardonnes ? » Elle m'appelait rarement « mon chéri », et c'était la première fois qu'elle me faisait passer avant Enzo devant lui. Elle savait exactement comment me rassurer quand elle le voulait. Mais elle n'en faisait jamais l'effort. Maintenant, c'était trop tard. J'ai doucement retiré ma main de la sienne, je me suis levé et j'ai dit : « Repose-toi bien. Ne te prends pas la tête. » En allant dans la cuisine, j'ai vu deux tasses et deux fourchettes sales dans l'évier. Mon cœur a instantanément sombré. Enzo était là depuis hier soir. Manon m'avait encore menti.J'ai sorti mon téléphone et j'ai ouvert Snapchat. La story privée d'Enzo d'hier soir était toujours là. Elle était configurée pour que je sois le seul à la voir. [Ma boss est tellement courageuse ! Malade et elle travaille encore tard juste avant le mariage ! Heureusement que je suis là pour prendre soin d'elle et lui apporter à manger.] La photo montrait Enzo faisant un signe de la paix avec ses doigts juste à côté du visage endormi de Manon. Puisqu'il voulait tellement prendre ma place, j'allais lui laisser volontiers. Je suis allé directement au bureau de l'organisateur du mariage pour finaliser le changement d'épouse. Comme j'avais géré seul tous les préparatifs sans que Manon ne s'implique une seule fois, les modifications ont été très faciles à faire. De retour à l'appartement, les photos de notre couple affichées dans le salon me brûlaient les yeux. Je les ai toutes décrochées, ainsi que nos vieux albums photos. J'ai tout mis dans un grand carton pour les jeter. Une petite carte rose a glissé d'un album. Il y était écrit : [Manon aimera Hugo pour toujours]. C'était elle qui avait écrit ça lorsqu'elle m'avait déclaré sa flamme, il y a cinq ans. En y repensant, je me suis rendu compte que Manon ne m'avait jamais vraiment aimé. Elle aimait seulement l'image qu'elle se faisait de moi. Son amour manquait totalement de respect. Mes vêtements, mes produits de soin... tout devait correspondre aux marques qu'elle préférait. Même la décoration de notre appartement devait être à son goût. Même pour notre future maison, bien que j'aie supervisé les travaux, c'est Manon qui avait choisi tous les plans et le mobilier. Pourtant, je détestais le style ultra-moderne et épuré qu'elle adorait. Mais par amour pour elle, je m'étais forcé à l'aimer aussi. Pendant cinq ans, j'avais fait concession sur concession, m'effaçant complètement, pour ne récolter que du mépris. J'ai chiffonné la carte en boule et je l'ai jetée à la poubelle. « Qu'est-ce que tu fais ? » La voix de Manon a retenti derrière moi. J'ai levé les yeux vers l'horloge. Il était déjà dix-neuf heures. C'était son heure habituelle de retour. Aujourd'hui, elle n'avait pas fait d'heures supplémentaires ni de dîner d'affaires. Elle était rentrée tôt. J'ai été un peu surpris. J'ai doucement refermé le carton. « Rien, je trie des affaires à jeter. » Elle a regardé autour d'elle, sentant que quelque chose clochait dans le salon. « Elles sont où nos photos de fiançailles ? » « Je les ai données au wedding planner pour qu'il s'en serve pour le plan de table », ai-je répondu d'un ton détaché. « Ah, d'accord. » Manon n'a pas posé plus de questions. Elle a posé un sac sur la table. « Arrête de t'activer. Je t'ai ramené ton plat préféré : des sushis aux crevettes. Viens manger. » J'ai ouvert la boîte. C'étaient effectivement des sushis aux crevettes. Voyant que je ne prenais pas mes baguettes, Manon a froncé les sourcils. « Qu'est-ce qu'il y a ? » « Je suis allergique aux crevettes. » Elle le savait parfaitement, mais elle l'avait oublié. Le visage de Manon s'est décomposé, une pointe de culpabilité traversant son regard. « Oh... désolée, j'ai complètement zappé ! Je vais tout de suite te commander autre chose ! » Elle a repris le sac et est ressortie à la hâte. J'ai sorti mon téléphone et, sans surprise, j'ai vu la nouvelle story d'Enzo. [Trop de la chance ! Ma boss m'a ramené mes sushis aux crevettes préférés pour bosser tard ce soir !] Voilà la vérité. C'était le plat préféré d'Enzo, et elle en avait juste pris une boîte en plus pour moi au passage. Manon est revenue une heure plus tard. Cette fois, elle avait pris des sushis au crabe. En me voyant toujours en train de ranger, elle a posé la boîte et a dit doucement : « Tu n'as pas besoin de te presser pour les cartons. On déménagera ensemble après le mariage, je t'aiderai à tout trier. » « Non, je préfère jeter tout ce qui est inutile dès maintenant », ai-je répondu sans la regarder. « Tu ne m'as pas toujours dit que tu rêvais de voir les aurores boréales en Islande ? J'ai posé un mois de congé pour notre lune de miel, on va pouvoir y aller ensemble. » Voyant mon manque d'enthousiasme, Manon essayait de se rattraper. Si cela avait été avant, j'aurais sauté de joie en la serrant dans mes bras. Mais maintenant, je savais très bien que nous ne partirions pas ensemble. « D'accord. » En me voyant fixer le calendrier posé sur la table, Manon a fini par demander : « Tu as acheté un calendrier de l'avent ? » Le chiffre « 5 » y était entouré de rouge. « Je l'ai commencé hier. Dans cinq jours, ce sera le jour le plus important de ma vie. Je compte les jours. » Mon ton était neutre, mais les yeux de Manon se sont illuminés. « Ah oui ! Dans cinq jours, c'est notre mariage ! Tu es tellement romantique ! » Elle m'a pris le visage entre ses mains pour m'embrasser, mais son téléphone s'est mis à vibrer. Rien qu'en regardant l'écran, son expression a changé. « Mon chéri, j'ai une urgence au bureau. Je dois y retourner pour gérer un dossier. » J'ai hoché la tête, puis je me suis levé pour porter mon grand carton vers la sortie. « Je descends jeter ça. Ne sors pas, il fait froid dehors. » Manon a pris le carton à ma place, pressée de partir. Il lui suffisait pourtant d'ouvrir ce carton pour s'apercevoir que les "déchets" que je jetais étaient nos photos de couple, nos albums et la carte d'amour qu'elle m'avait écrite. Si elle avait regardé, elle aurait compris que j'étais sur le point de la quitter. Si elle avait compris, elle m'aurait supplié de rester. Malheureusement pour elle, elle n'a rien vu.Tard dans la nuit, j'ai parcouru le compte Snapchat d'Enzo. [Grosse intoxication alimentaire pendant les heures sup', heureusement que ma boss est là pour me soigner ! Trop d'amour !] Sur la photo, on voyait Manon, manches retroussées, lui tendant un verre d'eau et des médicaments. On dirait que les sushis aux crevettes n'étaient pas très frais. Heureusement que je n'en avais pas mangé. Je suis sorti retrouver mes vieux amis pour boire un coup. Avant, Manon m'interdisait de boire et n'aimait pas que j'aie une vie sociale en dehors d'elle. Aujourd'hui, j'étais enfin libre. Je ne me suis réveillé que le lendemain après-midi, avec une belle gueule de bois. Manon est entrée dans l'appartement et a sorti son excuse habituelle : « J'ai fini trop tard hier soir, alors j'ai dormi sur le canapé du bureau. » Elle a retiré sa veste d'un air fatigué, puis a froncé le nez. « Ça sent l'alcool ici, non ? » « J'ai un peu trop bu avec des potes hier soir. Ouvre la fenêtre pour aérer si tu veux. » Elle a froncé les sourcils, mécontente, mais après avoir croisé mon regard froid, elle n'a rien dit. C'est vrai : elle pouvait passer la nuit entière à s'occuper de son assistant en me mentant ouvertement, de quel droit pouvait-elle me faire des reproches ? En voyant le chiffre « 4 » en rouge sur le calendrier, elle a semblé se souvenir de quelque chose. « Au fait, c'est ton anniversaire dans deux jours. Tu veux un cadeau particulier ? » Grâce à sa question, je me suis rappelé que mon anniversaire approchait. « Non, rien. Je n'ai pas envie de le fêter. » J'ai répété exactement les mots qu'elle m'avait dits l'année dernière. Ce jour-là, j'avais préparé un dîner aux chandelles parfait pour son anniversaire, mais elle m'avait rejeté froidement au téléphone : « Je suis débordée au travail, je n'ai pas la tête à fêter mon anniversaire. Ne m'attends pas pour dîner. » Plus tard, j'avais découvert sur le Snapchat d'Enzo qu'elle était en train de souffler des bougies sur un gâteau d'anniversaire avec lui. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas fêter son anniversaire. C'était juste qu'elle ne voulait pas le fêter avec moi. Nous nous étions disputés violemment ce soir-là. Je lui avais demandé à qui elle pensait en faisant son vœu. Elle m'avait traité de paranoïaque en disant que c'étaient ses collègues qui l'avaient forcée et qu'elle n'avait pas pu refuser. Elle a semblé se rappeler de cet épisode, car un éclair de culpabilité est passé dans ses yeux. « Mais si ! C'est ton dernier anniversaire en tant que célibataire ! Je dois te préparer une belle surprise ! » Elle a passé son bras autour de mon cou et a déposé un baiser sur ma joue. « Tiens ? Elle est où la montre que je t'ai offerte l'année dernière ? Tu ne la portes plus ? » Cette montre, je l'avais jetée dans le vide-ordures dès qu'elle avait passé la porte la veille. « Je l'ai rangée », ai-je répondu calmement. Manon a juste dit « ah » sans insister. Elle avait passé la nuit blanche à veiller sur Enzo avant d'enchaîner sur sa journée de travail, elle était épuisée. Après une douche rapide, elle s'est endormie très tôt. À minuit pile, j'ai détaché une page du calendrier. Il restait « 3 » jours. Encore trois jours, et je serais définitivement débarrassé de Manon. J'ai appelé l'organisateur du mariage pour lui demander d'envoyer l'atelier de couture à l'adresse de ma nouvelle fiancée pour ses mesures et le choix de sa robe. Mes parents m'ont aussi appelé pour insister pour que nous nous rencontrions avant le jour J. « Je la connais déjà depuis l'enfance. On se verra directement à l'église. » « Qui ça, "on se verra" ? » Manon venait d'entrer dans la pièce et avait surpris la fin de ma conversation. « Mes parents. Ils voulaient voir leur future belle-fille avant le mariage, mais j'ai dit que ce n'était pas la peine », ai-je répondu d'un ton évasif. Manon a paru vexée. « En parlant de ça, ça fait cinq ans que je n'ai pas vu tes parents. Pourquoi tu as refusé pour moi ? » Parce que la belle-fille qu'ils veulent voir, ce n'est pas toi. J'ai failli le lui dire, mais j'ai eu la flemme de me justifier. Manon a ouvert le placard de la chambre et s'est exclamée, surprise : « Ils sont passés où tes vêtements ? » « Je les ai déjà mis en cartons. Ce sera plus rapide à transporter pour le déménagement », ai-je expliqué calmement. Manon a pris sa veste, puis s'est retournée pour me serrer dans ses bras. « J'ai pris ma journée de demain. On va fêter ton anniversaire rien que tous les deux à la maison ! » C'était l'un de ses rares élans d'affection spontanés. « D'accord. » C'était parfait. Nous nous étions mis ensemble le jour de mon anniversaire il y a cinq ans. Finissons-en aujourd'hui. C'est le jour de mon anniversaire. Le compte à rebours indique "1". Manon et moi venions de finir de faire les courses pour le dîner quand son téléphone a sonné. Elle est partie en courant. Je n'avais même pas besoin de demander pour savoir que seul Enzo pouvait la faire courir ainsi. Je ne l'ai pas retenue. Je suis rentré seul à l'appartement et j'ai commencé à cuisiner. Elle m'avait promis de revenir dans deux heures. Mais alors que j'avais fini de préparer tous les plats et que j'avais déjà mangé ma part, elle n'était toujours pas là. J'ai débarrassé la table, je me suis levé et j'ai appelé mes parents. « J'arrive. Je viens visiter la salle de réception avec vous. » En arrivant au grand hôtel que mes parents avaient réservé, je suis tombé nez à nez avec Manon. Juste derrière elle se tenait Enzo, vêtu d'un costume sur mesure. Ils riaient aux éclats, ressemblant à s'y méprendre à un jeune couple de mariés. « Ne te méprends pas, mon chéri ! Je suis juste venue aider Enzo. La fille avec qui il avait un rendez-vous arrangé refusait de le lâcher, alors j'ai dû prétendre être sa sœur pour la faire partir... » J'ai hoché la tête. « C'est difficile de gérer les personnes trop insistantes. Tu as bien fait, tu es sa patronne, c'est normal de protéger tes employés. » Voyant que je ne faisais pas de scène, Manon a semblé soulagée. « Bon, je l'accompagne à l'étage pour qu'il récupère ses affaires et on se retrouve en bas juste après. » Enzo a forcé un sourire poli, m'a remercié, puis s'est engouffré dans l'ascenseur. La cravate qu'il portait... C'était ma marque préférée. Et c'était exactement celle que Manon avait glissée dans son sac à main ce matin. Elle était censée être mon cadeau d'anniversaire. Manon a hésité une seconde, puis a rejoint Enzo dans l'ascenseur. Au moment où les portes se refermaient, j'ai vu en Enzo le reflet de ce que j'étais autrefois. Manon avait été si attentionnée avec moi au début. Dès qu'une fille m'approchait d'un peu trop près, elle devenait folle de jalousie. J'ai fait le tour de la salle avec mes parents. Après leur départ, Manon n'était toujours pas descendue. Pour respecter sa promesse du "à tout de suite", je lui ai quand même envoyé un message. [Tu as fini ? Tu redescends quand ?] Elle m'a immédiatement répondu par un message vocal. En appuyant sur lecture, c'est la voix d'Enzo que j'ai entendue. « Hugo, tu devrais rentrer sans elle. Manon a eu une petite altercation avec l'autre fille qui lui a renversé son verre dessus. Elle est sous la douche là. Je lui dis de te rappeler dès qu'elle sort ! » En entendant le bruit de la douche en fond sonore, j'ai immédiatement appelé un taxi et je suis rentré. « Hugo, ne te fâche pas. C'est entièrement ma faute aujourd'hui. Je ne pensais pas que cette fille s'en prendrait physiquement à Manon parce qu'elle ne croyait pas qu'on était frère et sœur... » La voix d'Enzo transpirait une satisfaction mal dissimulée au téléphone. Je l'ai ignoré. Quelques minutes plus tard, Manon m'a rappelé pour me réprimander : « Je t'ai déjà expliqué la situation, pourquoi tu fais encore la tête ? » « Enzo galère tout seul dans cette grande ville. Je suis sa responsable, c'est normal que je l'aide ! » On entendait Enzo renifler derrière elle, jouant la victime. J'ai pris une grande inspiration, fatigué de leurs jeux toxiques. « D'accord, je comprends. C'est pour ça que je suis rentré. Fais ce que tu as à faire. » Manon, qui s'apprêtait à me faire d'autres reproches, s'est retrouvée sans voix. J'ai raccroché au moment où le taxi s'arrêtait devant notre immeuble. Après avoir chargé toutes mes affaires dans le coffre, j'ai jeté un dernier coup d'œil aux plats froids restés sur la table. J'ai arraché la page "1" du calendrier, laissant apparaître un grand "0" bien net. Sur la route, j'ai reçu un dernier SMS de Manon : « Mon chéri, j'ai acheté un gâteau. J'arrive pour qu'on souffle tes bougies ensemble. » Je n'ai pas répondu.« Mon chéri, j'ai le gâteau ! On souffle les bougies ! » Manon a poussé la porte de l'appartement, s'attendant à me trouver là, mais tout était plongé dans le noir. Elle a allumé la lumière. Sur la table de la salle à manger, il n'y avait que les restes du dîner à moitié entamé. Et juste à côté, le chiffre « 0 » sur le calendrier. Prise d'une panique soudaine, Manon a lâché sa boîte de gâteau et s'est précipitée dans toutes les pièces en m'appelant. Mais elle a dû se rendre à l'évidence : j'étais parti, et toutes mes affaires avec moi. Elle a commencé à m'appeler et à m'envoyer des messages frénétiquement sur WhatsApp. [Mon chéri, tu es où ?] [Arrête tes bêtises, s'il te plaît. J'ai pris ton gâteau préféré à la mangue, rentre à la maison.] [Tu m'avais promis qu'on fêterait ton anniversaire ensemble. Pourquoi tu ne m'as pas attendue ?] ... Je n'ai pas répondu. Elle avait encore oublié. Je suis allergique à la mangue. Celui qui adorait la mangue, c'était Enzo, pas moi. De mon côté, je savourais un excellent dîner préparé par Madame Bertrand chez mes parents. La famille Saint-Clair était également présente. « Hugo, ça fait tellement longtemps. » Inès Saint-Clair, vêtue d'un élégant tailleur pantalon rose poudré, m'a accueilli avec un sourire radieux et complice. J'ai souri en retour, le cœur serré par l'émotion. Demain, nous allions nous marier, alors que nous ne nous étions pas vus depuis dix ans. Elle n'avait pas changé, elle avait gardé son charme de ses dix-sept ans. Tout le monde s'est installé autour de la table pour porter un toast à mon anniversaire et célébrer notre union de demain. J'ai bu mon verre d'un trait, puis je me suis levé pour saluer respectueusement ses parents. « Monsieur et Madame Saint-Clair, merci pour votre bienveillance. » « Inès, merci pour tout le mal que tu t'es donné pour organiser ce mariage ces derniers temps. » Inès a souri doucement en secouant la tête. « Ce n'est rien, Hugo. Tu es prêt ? » Pendant toute cette période, même si nous ne nous étions pas vus, mes parents m'avaient raconté à quel point Inès s'était investie pour que tout soit parfait. Je l'avais appelée une fois pour lui demander si elle était sûre de son choix. Elle avait ri au téléphone, me confirmant qu'elle était très heureuse de m'épouser. À ce moment-là, rongé par la culpabilité, j'avais décidé de tout lui avouer sur mes cinq ans de vie commune avec Manon. Je m'étais tellement sacrifié pour une autre que j'avais l'impression de ne plus avoir le droit d'être aimé à nouveau. Si Inès avait refusé, j'aurais annulé le mariage sur-le-champ. Je n'avais accepté la proposition de mes parents que sur un coup de tête, blessé et en colère. Il y avait même une part de vengeance mesquine en moi. Je voulais voir le visage dévasté de Manon lorsqu'elle se rendrait compte de ma disparition. Je voulais la voir pleurer et me supplier de revenir. Pour pouvoir enfin lui poser cette question : « Alors, tu regrettes maintenant ? » Mais je savais bien que ce n'étaient pas de bonnes raisons pour utiliser Inès et la blesser. Pourtant, après mon récit, Inès n'avait montré aucune surprise. Au contraire, elle m'avait consolé. Elle m'avait avoué qu'elle était déjà au courant de ma situation. Elle m'avait dit de ne jamais regretter d'avoir aimé quelqu'un de tout mon cœur. Car si cet amour n'avait pas été payé de retour, ce n'était pas de ma faute. C'était juste que cette personne n'en valait pas la peine, et que le destin m'aidait à la quitter pour trouver quelqu'un de meilleur. J'avais été profondément touché par sa maturité. Pour finir, elle m'avait dit : « Hugo, je veux t'épouser. Je suis la seule qui te mérite vraiment. » « Je vais te le prouver. » En repensant à ses paroles, je me suis juré de ne plus jamais la décevoir. « Oui, je suis prêt. » Je ne pouvais pas cesser de croire en l'amour simplement parce qu'une personne m'avait brisé. Après le départ de la famille Saint-Clair, j'ai rallumé mon téléphone. J'avais reçu des dizaines de nouveaux messages. Tous de Manon. [Hugo, je suis allée à notre future maison en pensant que tu y étais, mais c'est vide...] [C'est une blague, rassure-moi ? Tu vas apparaître par surprise au mariage demain, n'est-ce pas ?] [Tu m'avais promis de m'aimer pour la vie. Tu n'as pas le droit de revenir sur ta parole !] ... Elle commençait enfin à comprendre que si je partais, elle ne me retrouverait jamais. Pendant cinq ans, elle avait toujours refusé de rencontrer mes amis et m'avait rarement présenté aux siens. Elle avait probablement honte de moi. À l'époque, à part ma gentillesse et mon dévouement absolu, je n'avais rien pour plaire à ses yeux de femme d'affaires. Manon et moi nous étions rencontrés il y a cinq ans dans l'entreprise de mon père. Je venais de terminer mes études et je travaillais comme stagiaire anonyme au bas de l'échelle. Manon était ma chef d'équipe. Elle était ambitieuse, travailleuse et très belle, menant ses projets d'une main de fer. Un jour, un projet sur lequel je travaillais a été saboté par un concurrent. La direction cherchait un coupable, et ils m'ont désigné d'office. J'étais la cible idéale : jeune, sans réseau, sans défense. C'est alors que Manon s'est interposée. Elle a pris ma défense avec ferveur, allant jusqu'à tenir tête aux hauts dirigeants. Mon père, impressionné par son courage, avait ordonné une enquête interne approfondie. Ce soir-là, j'avais demandé à Manon pourquoi elle m'avait défendu au péril de sa carrière. Elle m'avait répondu en souriant qu'elle me trouvait trop naïf et trop gentil pour ce milieu, et qu'elle détestait l'injustice. J'avais été extrêmement touché. Mais le lendemain, mon père m'avait annoncé la sentence. Les autres dirigeants trouvaient Manon trop arrogante et difficile à gérer. Même si le vrai coupable était démasqué, elle serait licenciée à la fin du mois. J'avais alors supplié mon père de la garder et de la promouvoir. En échange, j'avais accepté de partir étudier à l'étranger et de renouer avec Inès Saint-Clair. L'enquête a finalement prouvé mon innocence : c'était bien le directeur de département qui m'avait piégé. J'ai fait semblant d'être licencié pour quitter l'entreprise, tandis que Manon, encensée pour son intégrité, a été promue directrice à ma place. C'était le début de sa gloire. Folle de joie, elle m'avait invité à dîner. C'était aussi le jour de mon anniversaire. Au milieu du restaurant bruyant, elle m'avait regardé dans les yeux : « Hugo, tu veux être mon petit ami ? » Avant même que je puisse répondre, elle s'était penchée pour m'embrasser. Ce baiser m'avait fait perdre la tête. J'avais brisé ma promesse envers mon père, refusé de partir à l'étranger et coupé les ponts avec ma famille. À partir de ce jour, j'ai été banni de toutes les grandes entreprises du secteur — une punition de mon père pour me forcer à revenir. Manon ignorait tout de ce sacrifice. Elle pensait simplement que j'étais incompétent et m'avait proposé de rester à la maison pour m'occuper d'elle pendant qu'elle subvenait à nos besoins. C'est ainsi qu'avait commencé notre vie commune. Douce au début, puis devenue un enfer à l'arrivée d'Enzo. Nos disputes incessantes avaient fini par lasser Manon, qui avait fini par lâcher : « Si je t'épouse, tu arrêteras enfin de douter de moi ? » C'est ainsi que la date du mariage avait été fixée. Mais j'avais compris trop tard qu'elle ne m'épousait pas par amour, mais pour avoir la paix. Au milieu de la nuit, j'ai vu une nouvelle story sur le compte d'Enzo. [Aujourd'hui j'ai joué au faux marié pour l'essayage de la robe de ma boss ! Trop hâte !] Sur la photo, Manon posait en robe blanche, son bras tendu sous celui d'Enzo qui portait un smoking blanc. Ils avaient l'air parfaits ensemble. Une idée m'a alors traversé l'esprit. J'allais lui donner ce qu'il voulait. J'ai saisi mon téléphone et j'ai appelé l'organisateur du mariage.