Remplacée après 8 ans de sacrifices, adieu, mon ex milliardaire

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RomanceWerewolf 现实主义-Realistic魔幻-Magic后宫-Harem

J’ai tout bravé pour lui. Pendant huit ans, nous avons été ensemble, pour finalement découvrir qu’il était déjà marié à une autre. C’était son premier amour. La même femme qui l’avait abandonné lorsqu’il avait perdu la vue. Pendant huit ans, je suis restée à ses côtés, à prendre soin de lui. Je me suis même agenouillée pendant des jours devant le cabinet d’un grand chirurgien pour le supplier de l’opérer. Mais mes huit années de dévouement n’ont pas pesé lourd face à un seul mot d’elle. J’ai eu un rire amer, plein d’autodérision. J’ai composé un numéro. « J’accepte vos conditions. » À l’arrière de la Maybach, Adrien Harrison m’embrassait à perdre haleine, volant mes sens et mon souffle. Mes vêtements avaient glissé je ne sais où, mais Adrien, lui, était toujours impeccablement habillé. Ce contraste saisissant me faisait monter le rouge aux joues. Adrien a glissé ses mains autour de ma taille et a murmuré dans un demi-rire : « La cloison de séparation est fermée. Le chauffeur n’entend rien, et il n’oserait pas essayer. Pourquoi tu rougis comme ça, hmm ? » Je regardais cet homme d’ordinaire si froid s'enflammer entre mes bras. Je me suis pressée contre lui, les yeux débordants d'amour. Mais juste au moment où le plaisir montait, au pic de notre étreinte, la sonnerie brutale d’un téléphone a tout coupé. Adrien a froncé les sourcils, agacé par cette interruption, mais son regard s'est adouci en voyant le nom s’afficher sur l’écran. J’ai jeté un coup d’œil discret. C'était Maxime, son meilleur ami d'enfance. « Adrien, tu as perdu la tête ou quoi ? » Le front d’Adrien s’est plissé. Il a coupé son ami d'un ton sec, parlant dans un italien parfait : « Pas ici. Parle en italien. » Un long soupir a résonné à l'autre bout du fil. Après un silence, la voix de Maxime a repris, toujours en italien. « Tu t’es vraiment marié officiellement avec Soline ? Mais qu’est-ce qui te passe par la tête ? Tu as perdu la vue en la sauvant il y a des années ! Elle t’a abandonné quand tu étais au plus bas, elle est partie avec un autre et a failli te détruire ! Et aujourd'hui, tu retournes avec elle ? » Dans mon esprit, ces mots étrangers se sont instantanément traduits en français. Quand j’ai enfin assimilé ce qu’il venait de dire, un froid glacial m’a envahie, comme si on m’avait jetée dans un bain de glace. Adrien, pourtant, n’a rien remarqué de mon état. « Si je ne l’épouse pas, sa famille va la forcer à se marier avec un vieux croulant. Je ne peux pas la laisser subir une telle humiliation. » « Et Léna alors ? C’est la seule qui est restée quand tu étais aveugle ! Elle est à tes côtés depuis tant d’années, elle t'aime tellement qu’elle aurait pu te donner son cœur ! On l’a tous vu ! » La voix de Maxime tremblait de colère. Le ton d'Adrien est resté glacial, détaché. « Je trouverai un moyen de lui cacher. Elle ne le saura jamais. » « Tu comptes lui cacher ça combien de temps ? Toute votre vie ? Tu crois que Léna n'attend pas que tu l'épouses, elle aussi ? » Agacé par les remarques de son ami, Adrien a répondu d'une voix pressante : « Tu dois étouffer la nouvelle de notre mariage, Soline et moi. Que personne ne l'apprenne. Dans quelque temps, je ferai faire un faux certificat de mariage pour Léna. » Sur ce, il a raccroché, refusant d'en entendre davantage. Lorsqu'il s'est penché à nouveau vers moi, Adrien a lâché son téléphone pour reprendre là où il s'était arrêté. Tout mon corps s’est mis à trembler de manière incontrôlable. Une fois l'acte terminé, alors que nous nous rhabillions en silence, j’ai ouvert la bouche pour parler. C'est à ce moment-là que son téléphone a vibré à nouveau. C’était une notification Snapchat, une alerte spéciale. Adrien a jeté un œil à l'écran, puis a ordonné au chauffeur de s’arrêter. « Léna, j’ai une urgence au bureau. Tu peux descendre ici et rentrer en taxi ? » Je n’ai rien dit. J’ai juste hoché la tête en silence et j’ai ouvert la portière. La Maybach noire a démarré en trombe, disparaissant dans la nuit. Seule sur le trottoir, face à l’agitation de la ville, je n’ai plus pu retenir mes larmes. Personne ne savait que pour me rapprocher d’Adrien, j’avais appris l’italien en secret il y a bien longtemps. Chaque mot de sa conversation avec Maxime avait résonné dans ma tête comme des lames de rasoir enfoncées dans mon cœur. Et avec l'effondrement de mon amour, tous mes souvenirs enfouis sont remontés à la surface. Adrien Harrison était un riche héritier d'une prestigieuse dynastie, et j'étais la fille de leur gouvernante. L'année de mes dix ans, ma mère et moi avons emménagé dans l'immense manoir des Harrison. C'est là que j'ai vu Adrien pour la première fois, jouant du piano sous la lumière dorée du salon. Je n'avais jamais entendu une si belle musique, ni vu un garçon aussi beau. En un seul regard, le nom d'Adrien Harrison s'est gravé dans mon cœur. Je n'ai jamais parlé de mes sentiments à personne. Non seulement à cause de la différence immense entre nos classes sociales, mais aussi parce que je savais que le cœur d'Adrien appartenait déjà à une autre. Cette fille, c’était Soline. Ils avaient grandi ensemble, amoureux d’enfance. Il ne cachait jamais son affection pour elle, la protégeant comme son bien le plus précieux. À dix-sept ans, Adrien avait même perdu la vue dans un terrible accident de voiture en tentant de sauver Soline. Mais dès ce jour, Soline avait totalement disparu de sa vie. Elle n'avait plus jamais remis les pieds chez les Harrison, et s'était même affichée avec un autre homme. La famille Harrison avait d'autres héritiers. Les parents d’Adrien, trop occupés par leur empire financier, n’avaient pas de temps à accorder à un fils devenu aveugle. Adrien avait été envoyé dans un vieux domaine isolé à la campagne, abandonné de tous. C’est moi qui avais supplié ma mère de nous faire transférer là-bas pour que je puisse m'occuper de lui personnellement pendant sept ans. À mes vingt-trois ans, j’ai passé des jours entiers à attendre sous la pluie devant le bureau d'un chirurgien renommé, refusant de partir jusqu'à ce qu'il accepte d’opérer Adrien. Grâce à cette opération, il avait retrouvé la vue. Il s’était alors libéré de ses années d'ombre, volant de succès en succès, impressionnant le monde des affaires. En un an à peine, Adrien était redevenu l'héritier incontesté de l'empire Harrison. C'est moi qui l'avais accompagné à travers les hivers et les étés. C’est moi qui avais veillé sur lui du crépuscule à l'aube pendant ces sept années de calvaire. L'embrasser, le serrer dans mes bras, dormir avec lui... Tout cela, c'était moi. Mais je n'aurais jamais imaginé que la première chose qu'il ferait une fois le pouvoir retrouvé serait d’épouser en secret Soline, celle-là même qui l’avait abandonné ! Toutes ces années, je m'étais dépassée pour être à sa hauteur. Mais peu importaient mes efforts, les parents d’Adrien me trouvaient toujours insuffisante pour leur fils, tentant à plusieurs reprises de me faire partir en me proposant de l’argent. Adrien s'était toujours disputé avec eux pour me défendre. Et parce que je ne voulais pas le décevoir, je n'avais jamais pensé à partir. Jusqu’à aujourd’hui. Je ne voulais plus rester à ses côtés. J'ai essuyé mes larmes, sorti mon téléphone et composé un numéro. « Madame Harrison, j’accepte votre offre de cinquante millions. Je quitte Adrien pour toujours. »À l’autre bout du fil, la voix de Mme Harrison a instantanément changé de ton, folle de joie. « Tu as enfin retrouvé la raison ? C’est parfait. Tu n’es que la fille de la gouvernante, tu n’aurais jamais pu être à la hauteur de mon fils, l’unique héritier du groupe Harrison. Tu es où ? Viens vite à mon bureau, nous allons signer l’accord. » J'ai eu un sourire amer en regardant l'adresse du café qu'elle venait de m'envoyer. J'ai arrêté un taxi. Une fois sur place, Mme Harrison m'a posé d'innombrables questions. Satisfaite de mes réponses, elle a sorti un contrat de son sac et l'a poussé vers moi. « C’est écrit noir sur blanc. Une fois signé, pas de retour en arrière. Je te vire la moitié de la somme immédiatement, et le reste le jour de ton départ. Tu t’engages à disparaître définitivement de la vie d'Adrien, c'est clair ? » Mes cils ont tremblé en fixant le montant astronomique sur le papier. Disparaître ? Oui. Ni dans cette vie, ni dans une autre, je ne voulais revoir Adrien Harrison. Sans hésiter, j'ai pris le stylo et j'ai signé. Mme Harrison a poussé un soupir de soulagement, a rangé le document et s’est levée pour me donner ses dernières instructions. « Je te donne deux semaines. Change de nom, pars à l'étranger, fais ce que tu veux. Mais débrouille-toi pour qu’Adrien ne te retrouve jamais. » « Comptez sur moi, Madame Harrison. » Après son départ, je suis rentrée à l'appartement. Faire en sorte qu'Adrien ne me retrouve jamais était en réalité assez simple. La famille Harrison avait des règles strictes en raison de ses liens avec les instances politiques du pays : aucun membre clé ne pouvait s’établir durablement à l’étranger sous peine de perdre ses droits de succession. C'était leur charte familiale. Si je m'expatriais, il ne pourrait jamais me suivre. Après avoir passé une partie de la nuit à chercher des destinations, j'ai choisi l'Australie. Mon choix fait, j'ai regardé l'heure sur mon téléphone. Une notification Snapchat est apparue. C'était une story de Soline, composée de neuf photos. Les trois premières étaient des selfies d’elle avec des roses, les trois du milieu montraient leur certificat de mariage, et les trois dernières leurs mains entrelacées. Je savais que puisque Adrien voulait garder ce mariage secret, il lui avait interdit de publier quoi que ce soit. Pourtant, elle l’avait fait. Elle avait simplement personnalisé les paramètres de confidentialité pour que je sois la seule à voir cette story. Une provocation pure et simple. Pour lui montrer que j'avais bien reçu le message, j'ai cliqué sur le bouton "j'aime". À peine sortie de l'application, un message d'Adrien est arrivé : « Léna, je pars en voyage d'affaires pour quelques jours. » J'ai répondu un simple « D'accord », puis je suis allée me coucher. Le lendemain, je me suis levée tôt pour lancer mes démarches d'immigration. Comme j'étais pressée, j'ai demandé une procédure accélérée. L'agent m'a assuré que tout serait prêt sous quinze jours. J'ai enfin pu respirer. En remontant dans ma voiture, j'ai rouvert Snapchat. Soline avait posté une nouvelle story. Cette fois, on y voyait la silhouette d'Adrien. Ils se tenaient la main en visitant des maisons de luxe, avant de s'arrêter sur une immense villa dans le quartier huppé de Bellevue. Comme la veille, j'ai mis un "j'aime". Le troisième jour, je me suis rendue à mon travail pour donner ma démission. En rentrant chez moi, mes cartons sous le bras, j'ai vu la story du jour de Soline. Elle portait une robe de mariée somptueuse, un énorme diamant brillant à son annulaire. Une fois de plus, j'ai cliqué sur le petit cœur, puis je me suis glissée sous ma couette. Le quatrième jour, une nouvelle story est apparue dès mon réveil. Cette fois, Soline filmait leurs photos de mariage fraîchement accrochées dans le salon de leur nouvelle maison. J'ai fixé l'écran un long moment avant de reprendre mes esprits. J'ai liké la publication, je me suis maquillée et je suis sortie dîner avec quelques amies pour leur faire mes adieux. Le soir, je suis rentrée avec des cartons vides et j'ai commencé à trier. J'ai jeté tout ce qui me liait à Adrien. Les cadeaux qu’il m’avait offerts au fil des ans, nos brosses à dents assorties, nos photos de couple... Tout a fini à la poubelle. Quand j'ai terminé, il était déjà plus de minuit. Alors que j'allais éteindre les lumières pour dormir, Adrien est soudainement rentré. En voyant l'appartement à moitié vide, il s'est figé, les sourcils froncés. « Pourquoi il manque autant de choses ici ? » « Je ne les aimais plus, alors je les ai jetées. J’en achèterai d’autres plus tard. » Adrien a hoché la tête, a retiré sa veste pour la jeter sur le canapé, mais son regard s'est posé sur les cartons empilés dans le coin. « Tu as démissionné ? » Il s'est arrêté, puis a remarqué mes papiers d'identité posés sur la table basse. « Pourquoi tes papiers sont sortis ? » « J'étais fatiguée, je voulais faire une pause, alors j'ai quitté mon travail. Et pour les papiers, j'ai juste quelques démarches administratives à régler. » J'ai répondu calmement, tout en rangeant les documents dans mon sac. Devant mon calme, Adrien ne s'est pas méfié. Il s'est approché, m’a serrée contre lui et a murmuré d'une voix douce : « J'ai été très pris ces derniers temps, je n'ai pas pu m'occuper de toi. C'est ton anniversaire dans deux jours. On va aux enchères demain ? Je t’offrirai ce que tu veux. » Je n’ai pas refusé. Le lendemain, à peine installés dans la salle de vente, j'ai vu Soline arriver. Elle s'est avancée d'un pas chaloupé et s'est assise juste à côté d’Adrien. Pendant toute la soirée, Adrien a gardé les yeux fixés sur moi, me parlant à voix basse sans accorder un seul regard à la femme assise à sa droite. Une fois la vente terminée, il n'a pas traîné et m'a entraînée vers la sortie. Avant de partir, je suis passée par les toilettes. En sortant, j'ai aperçu Soline coincée dans la cage d'escalier, entourée par un groupe de jeunes héritiers arrogants qui se moquaient d'elle. « Tiens, tiens, Soline. Tu as lâchement abandonné Adrien Harrison à l'époque, et regarde où tu en es aujourd'hui. On appelle ça le karma, non ? » « J’ai entendu dire que ton père veut te marier de force à un vieux croulant qui a déjà un pied dans la tombe. Tu es encore plutôt jolie. Pourquoi tu ne viens pas avec nous plutôt ? On saura t'apprécier à ta juste valeur... » Il n'a pas pu finir sa phrase. Adrien venait de dévaler les escaliers. Le visage déformé par la rage, il a asséné un coup de pied violent au meneur du groupe.Il l'a plaqué au sol, le rouant de coups de poing avec une violence inouïe, jusqu'à ce que les autres supplient en sanglotant. « Pardon, Monsieur Harrison ! On s'excuse ! Arrêtez, s'il vous plaît ! » « Cassez-vous ! Si je vous revois un jour autour d'elle, je vous détruis ! » Son hurlement de rage les a fait fuir en courant, manquant de trébucher dans les marches. Le bruit avait attiré de nombreux curieux dans l'escalier. Ignorant les regards, Adrien a relevé Soline. « Tu n'as rien ? » Soline s'est jetée en pleurant dans ses bras. « Je me suis tordue la cheville, j'ai tellement mal... » Le regard d'Adrien s'est assombri. Il l'a soulevée d'un coup, fendant la foule pour partir en courant. Pour protéger la femme qu'il tenait dans ses bras, il a écarté brutalement les personnes sur son passage. Dans sa hâte, il m'a poussée. J'ai perdu l'équilibre et ma tête a heurté violemment la rambarde en fer forgé. Une douleur vive m'a transpercée alors que le sang commençait à couler. Autour de moi, les gens ont paniqué. « Mon Dieu, elle saigne à la tête ! Appelez une ambulance ! » Le visage crispé par la douleur, une sueur froide m’a envahie. Le sang chaud coulait le long de mes doigts, perlant sur mes cils, lourd et étouffant. Je fixais la silhouette d'Adrien qui s'éloignait sans jamais se retourner. Un goût amer a envahi ma bouche. Autrefois, si je me coupais ne serait-ce qu'un doigt en lui préparant à manger, il paniquait, voulait appeler un médecin et s'inquiétait de me voir garder une cicatrice. Je trouvais qu'il exagérait, mais il embrassait ma main et murmurait : « Léna, tu es ce que j'ai de plus précieux. Si tu as mal, j'ai encore plus mal que toi. Maintenant que nous avons réussi, tu n'as plus à faire tout ça. Bientôt, cette main portera mon alliance, et une cicatrice gâcherait tout. » Aujourd'hui, j'étais blessée à terre, et il m'ignorait. Et l'alliance qu'il m'avait promise brillait désormais au doigt d'une autre. L'ambulance m'a emportée à l'hôpital. J'ai dû faire toutes les démarches, voir le médecin et récupérer mes médicaments absolument seule. Je ne suis rentrée qu'au milieu de la nuit. La douleur m'a empêchée de fermer l'œil de la nuit. Adrien n'est pas rentré. Le lendemain matin, alors que je changeais mon pansement d'un geste las, j'ai vu la story de Soline. C’était une vidéo d'Adrien, un genou à terre, massant délicatement sa cheville avant de lui appliquer de la pommade. J'ai regardé la boucle plusieurs fois, les yeux brouillés par les larmes, avant de sombrer dans un sommeil agité. Quand je me suis réveillée, il faisait déjà nuit noire. Mon téléphone vibrait sur l'oreiller. J'ai décroché. La voix d'Adrien a lâché une adresse : « Domaine de l'Étoile, salon privé 703. Viens tout de suite. » J'ai hésité un instant avant de sortir du lit. Je me suis préparée rapidement et je m'y suis rendue. En poussant la porte du salon privé, la première personne que j'ai vue était Soline. Elle avait les yeux rougis, l'air d'une petite bête traquée et victime. Une attitude pitoyable qui appelait à la pitié. Adrien la fixait en silence, le visage fermé, l'air pensif et grave. Le silence s'est étiré, pesant. Finalement, j'ai pris la parole. « Pourquoi tu m'as fait venir ? » Adrien s'est redressé, croisant les mains dans une posture de juge. « Léna, les types qui s'en sont pris à Soline hier... c'est toi qui les as payés pour faire ça ? » Je me suis figée. Mon regard a croisé celui de Soline. J'y ai décelé une lueur fugitive de triomphe. À cet instant précis, j'ai compris que toute cette agression n'était qu'une mise en scène orchestrée par Soline elle-même. J'ai eu un rire sans joie. « Ce n'est pas moi. Je ne les connais pas, et je n'ai aucun intérêt à faire une chose pareille. » Le visage d'Adrien ne s'est pas adouci. Il a baissé les yeux, le ton monocorde. « Léna, le jour où Soline a décidé de me quitter il y a des années, j'ai tourné la page. Tu es à mes côtés depuis sept ans, tu devrais savoir qui est dans mon cœur aujourd'hui. La famille de Soline est en ruine, n'importe qui peut essayer de profiter d'elle en ce moment, mais ça ne devrait pas être toi. Tu n'as pas besoin de t'en prendre à elle à cause de moi. » Ces mots ont brisé le peu de force qui me restait. Je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à ses hurlements de douleur au milieu de la nuit quand il était aveugle, à mes courses effrénées pour lui trouver des médecins, à son désespoir silencieux lorsqu'on lui disait qu’il ne reverrait jamais... Cet héritier brillant qui avait perdu la vue pour une fille qui l'avait fui. Mais ces nuits de cauchemar, ces sept années de dévouement absolu, il les balayait d'un revers de main, comme si elles n'avaient jamais existé. Mes larmes sont montées alors que je pensais à leur certificat de mariage signé. « Oui, sept ans ensemble. Et c’est seulement aujourd’hui que je comprends enfin qui est réellement dans ton cœur. » Adrien a froncé les sourcils. « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? » J'ai secoué la tête avec un sourire d'autodérision. « Je veux dire que je ne suis que la fille de la gouvernante. Quel pouvoir ou quel argent aurais-je pour engager des voyous et harceler une jeune femme de la haute société ? » Même face à l'évidence, Adrien refusait de me croire. J'étais fatiguée. J'ai pris une grande inspiration et j'ai abandonné tout espoir de me défendre. « Puisque tu ne me crois pas, dis-moi directement ce que tu attends de moi. » Adrien s'est frotté les tempes. « Des excuses, Léna. Quand on fait une erreur, on assume et on s'excuse. » C'est alors que Soline, restée silencieuse jusque-là, a pris la parole d'une voix faussement timide. « Pas besoin d'excuses formelles. Si elle regrette vraiment, elle n'a qu'à boire tout ça. »Sur la table basse, plusieurs bouteilles de whisky ambré étaient alignées. Mon regard s'est tourné vers Adrien, cherchant une réponse dans ses yeux. Mais la lumière tamisée masquait son expression. Dans ce silence de plomb, l'air est venu à me manquer. J'ai étouffé un sanglot alors que les souvenirs du passé m'assaillaient. Quand Adrien venait d'arriver au vieux domaine, ne supportant pas sa cécité, il se saoulait chaque jour pour oublier. Inquiète pour sa santé, je tentais sans cesse de lui retirer ses bouteilles, mais il m'envoyait balader. Jusqu'au jour où, ivre mort, il m’a lancé avec mépris en poussant plusieurs bouteilles vers moi : « Même la fille de la gouvernante se permet de me faire la morale maintenant ? Je suis tombé si bas que ça ? Très bien, bois tout ça, et je t'écouterai. » Je voulais lui dire que je ne lui faisais pas la morale. Que j'avais juste... peur pour lui. Alors, bien que je sois gravement allergique à l'alcool, pour lui prouver ma bonne foi, je n'ai pas hésité une seconde. J'ai saisi une bouteille et je l'ai bue d'un trait. Dix minutes plus tard, j'étais transportée d'urgence à l'hôpital. À mon réveil, il était assis près de mon lit, le visage ravagé par l'angoisse. « C'est moi qui étais ivre, pas toi ! Tu sais très bien que tu es allergique, pourquoi tu as joué avec ta vie comme ça ? » Je lui avais répondu une seule phrase : « Parce que je m'inquiétais pour toi, Adrien. Un jour, tu retrouveras la vue. Et même si ce n'est pas le cas, je resterai avec toi pour toujours. Alors s'il te plaît, n'abandonne pas. » Depuis ce jour-là, Adrien n'avait plus jamais touché à une goutte d'alcool. Pendant des années, il n'y avait plus eu une seule bouteille chez nous. En y repensant aujourd'hui, j'ai eu un sourire triste, les larmes coulant sur mes joues. Je n'ai pas cherché à discuter. Je me suis penchée, j'ai attrapé un sachet de moutarde forte en poudre posé sur le plateau de présentation, et je l'ai vidé dans le premier verre de whisky. Ma voix est restée ferme. « Juste ces verres ? Ce ne serait pas assez sincère. J'ajoute une petite punition personnelle, ça te va ? » Sans attendre, j'ai porté le verre à mes lèvres et j'ai bu d'un trait, puis j'en ai enchaîné un deuxième, puis un troisième. Le goût brûlant et âcre de la moutarde mêlé à l'alcool m'a arraché la gorge, se propageant dans mon estomac, mais sans jamais réussir à anesthésier la douleur de mon cœur. Ce n'est qu'au septième verre qu'Adrien, incapable de supporter la scène plus longtemps, a hurlé : « Ça suffit ! » Regardant les bouteilles encore à moitié pleines, j'ai souri à travers mes larmes. « Déjà fini ? Mes excuses sont acceptées alors ? C'est suffisant pour satisfaire ta protégée ? » Entendant cela, Adrien s'est levé brusquement et m'a attrapé le poignet. Son visage d'ordinaire si calme était noir de colère. « Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je voulais ! Léna, je te l'ai dit, il n'y a plus rien entre Soline et moi. Ma famille refuse que je t'épouse. Si tu fais des vagues, ils vont s'en servir contre toi, et je veux juste t'éviter des ennuis ! » Il parlait avec une telle conviction, persuadé d'avoir raison. Mais j'ai éclaté d'un rire amer. La famille Harrison me rejetait, moi, la fille de la gouvernante. Mais auraient-ils accepté Soline, celle qui l'avait trahi, si Adrien n'avait pas remué ciel et terre pour l'épouser en secret ? Quand on veut, on peut. Tout le reste n'est que mensonge pour masquer un manque d'amour. Je ne voulais plus perdre mon temps en vaines paroles. J'ai dégagé ma main et j'ai tourné les talons. Mais à peine arrivée à la porte, mes forces m'ont abandonnée et je me suis effondrée. « Léna ! » Le cœur d'Adrien a raté un battement. Il s'est précipité pour me rattraper et me soulever dans ses bras. Soline a tenté de le retenir par la manche, la voix tremblante : « Adrien... je me sens mal moi aussi... » Adrien s'est arrêté un instant. Mais après une seconde d'hésitation, il a tracé sa route en jetant derrière lui : « Je dois emmener Léna à l'hôpital. Appelle mon assistant pour qu'il vienne te chercher. » À mon réveil, j'étais dans une chambre d'hôpital. Adrien, qui était resté à mon chevet toute la nuit, a poussé un soupir de soulagement en me voyant ouvrir les yeux. Nous nous sommes regardés de longues minutes sans dire un mot. Il m'a tendu un verre d'eau tiède, a ajusté ma couverture, puis est sorti appeler le médecin pour faire le point sur mes examens, notant scrupuleusement toutes les consignes médicales. Il a annulé toutes ses réunions de la journée. Voyant son secrétaire faire les cent pas devant la porte avec l'air inquiet, j'ai fini par dire : « Tu devrais y aller. Je peux me débrouiller seule. Ce n'est plus ton rôle de faire ça. » Adrien s'est figé, sa main retenant la poignée de la porte. « C'est mon rôle, Léna. Tu as oublié ? C'est exactement comme ça que tu t'es occupée de moi pendant des années. » Une pointe de nostalgie a traversé mon regard. À l'époque, parce qu'il était aveugle et abandonné par sa famille, j'avais appris le braille pour lui faire la lecture, je l'accompagnais dans ses promenades, je lui cuisinais ses plats préférés... C'était comme si j'avais gardé pour moi seule un secret précieux, et ma vie si terne s'était illuminée grâce à lui. Ces sept années passées à ses côtés avaient été les plus belles de ma vie. Mais l'illusion était terminée, et on ne revient pas en arrière. L'après-midi, l'infirmière m'a raccompagnée dans ma chambre après mes derniers examens. En poussant la porte, j'ai vu Adrien au téléphone, mon propre portable à la main, parlant d'un ton glacial à sa mère. « Je vous l'ai déjà dit, Léna et moi nous nous aimons. Je me fiche de ses origines, alors arrêtez de perdre votre temps. Je vais l'épouser, elle ne partira pas. » En m'entendant entrer, il a levé les yeux vers moi. C'est à ce moment-là que la voix de Mme Harrison a résonné, perplexe, à travers le haut-parleur. « Comment ça, elle ne partira pas ? Tu n'es pas au courant ? Léna a accepté mon argent il y a trois jours, elle a déjà signé pour s'installer à l'étranger... »

Chapters (4)

第1章

J’ai tout bravé pour lui. Pendant huit ans, nous avons été ensemble, pour finalement découvrir qu’il était déjà marié à une autre. C’était son premier amour. La même femme qui l’avait abandonné lorsqu’il avait perdu la vue. Pendant huit ans, je suis restée à ses côtés, à prendre soin de lui. Je me suis même agenouillée pendant des jours devant le cabinet d’un grand chirurgien pour le supplier de l’opérer. Mais mes huit années de dévouement n’ont pas pesé lourd face à un seul mot d’elle. J’ai eu un rire amer, plein d’autodérision. J’ai composé un numéro. « J’accepte vos conditions. » À l’arrière de la Maybach, Adrien Harrison m’embrassait à perdre haleine, volant mes sens et mon souffle. Mes vêtements avaient glissé je ne sais où, mais Adrien, lui, était toujours impeccablement habillé. Ce contraste saisissant me faisait monter le rouge aux joues. Adrien a glissé ses mains autour de ma taille et a murmuré dans un demi-rire : « La cloison de séparation est fermée. Le chauffeur n’entend rien, et il n’oserait pas essayer. Pourquoi tu rougis comme ça, hmm ? » Je regardais cet homme d’ordinaire si froid s'enflammer entre mes bras. Je me suis pressée contre lui, les yeux débordants d'amour. Mais juste au moment où le plaisir montait, au pic de notre étreinte, la sonnerie brutale d’un téléphone a tout coupé. Adrien a froncé les sourcils, agacé par cette interruption, mais son regard s'est adouci en voyant le nom s’afficher sur l’écran. J’ai jeté un coup d’œil discret. C'était Maxime, son meilleur ami d'enfance. « Adrien, tu as perdu la tête ou quoi ? » Le front d’Adrien s’est plissé. Il a coupé son ami d'un ton sec, parlant dans un italien parfait : « Pas ici. Parle en italien. » Un long soupir a résonné à l'autre bout du fil. Après un silence, la voix de Maxime a repris, toujours en italien. « Tu t’es vraiment marié officiellement avec Soline ? Mais qu’est-ce qui te passe par la tête ? Tu as perdu la vue en la sauvant il y a des années ! Elle t’a abandonné quand tu étais au plus bas, elle est partie avec un autre et a failli te détruire ! Et aujourd'hui, tu retournes avec elle ? » Dans mon esprit, ces mots étrangers se sont instantanément traduits en français. Quand j’ai enfin assimilé ce qu’il venait de dire, un froid glacial m’a envahie, comme si on m’avait jetée dans un bain de glace. Adrien, pourtant, n’a rien remarqué de mon état. « Si je ne l’épouse pas, sa famille va la forcer à se marier avec un vieux croulant. Je ne peux pas la laisser subir une telle humiliation. » « Et Léna alors ? C’est la seule qui est restée quand tu étais aveugle ! Elle est à tes côtés depuis tant d’années, elle t'aime tellement qu’elle aurait pu te donner son cœur ! On l’a tous vu ! » La voix de Maxime tremblait de colère. Le ton d'Adrien est resté glacial, détaché. « Je trouverai un moyen de lui cacher. Elle ne le saura jamais. » « Tu comptes lui cacher ça combien de temps ? Toute votre vie ? Tu crois que Léna n'attend pas que tu l'épouses, elle aussi ? » Agacé par les remarques de son ami, Adrien a répondu d'une voix pressante : « Tu dois étouffer la nouvelle de notre mariage, Soline et moi. Que personne ne l'apprenne. Dans quelque temps, je ferai faire un faux certificat de mariage pour Léna. » Sur ce, il a raccroché, refusant d'en entendre davantage. Lorsqu'il s'est penché à nouveau vers moi, Adrien a lâché son téléphone pour reprendre là où il s'était arrêté. Tout mon corps s’est mis à trembler de manière incontrôlable. Une fois l'acte terminé, alors que nous nous rhabillions en silence, j’ai ouvert la bouche pour parler. C'est à ce moment-là que son téléphone a vibré à nouveau. C’était une notification Snapchat, une alerte spéciale. Adrien a jeté un œil à l'écran, puis a ordonné au chauffeur de s’arrêter. « Léna, j’ai une urgence au bureau. Tu peux descendre ici et rentrer en taxi ? » Je n’ai rien dit. J’ai juste hoché la tête en silence et j’ai ouvert la portière. La Maybach noire a démarré en trombe, disparaissant dans la nuit. Seule sur le trottoir, face à l’agitation de la ville, je n’ai plus pu retenir mes larmes. Personne ne savait que pour me rapprocher d’Adrien, j’avais appris l’italien en secret il y a bien longtemps. Chaque mot de sa conversation avec Maxime avait résonné dans ma tête comme des lames de rasoir enfoncées dans mon cœur. Et avec l'effondrement de mon amour, tous mes souvenirs enfouis sont remontés à la surface. Adrien Harrison était un riche héritier d'une prestigieuse dynastie, et j'étais la fille de leur gouvernante. L'année de mes dix ans, ma mère et moi avons emménagé dans l'immense manoir des Harrison. C'est là que j'ai vu Adrien pour la première fois, jouant du piano sous la lumière dorée du salon. Je n'avais jamais entendu une si belle musique, ni vu un garçon aussi beau. En un seul regard, le nom d'Adrien Harrison s'est gravé dans mon cœur. Je n'ai jamais parlé de mes sentiments à personne. Non seulement à cause de la différence immense entre nos classes sociales, mais aussi parce que je savais que le cœur d'Adrien appartenait déjà à une autre. Cette fille, c’était Soline. Ils avaient grandi ensemble, amoureux d’enfance. Il ne cachait jamais son affection pour elle, la protégeant comme son bien le plus précieux. À dix-sept ans, Adrien avait même perdu la vue dans un terrible accident de voiture en tentant de sauver Soline. Mais dès ce jour, Soline avait totalement disparu de sa vie. Elle n'avait plus jamais remis les pieds chez les Harrison, et s'était même affichée avec un autre homme. La famille Harrison avait d'autres héritiers. Les parents d’Adrien, trop occupés par leur empire financier, n’avaient pas de temps à accorder à un fils devenu aveugle. Adrien avait été envoyé dans un vieux domaine isolé à la campagne, abandonné de tous. C’est moi qui avais supplié ma mère de nous faire transférer là-bas pour que je puisse m'occuper de lui personnellement pendant sept ans. À mes vingt-trois ans, j’ai passé des jours entiers à attendre sous la pluie devant le bureau d'un chirurgien renommé, refusant de partir jusqu'à ce qu'il accepte d’opérer Adrien. Grâce à cette opération, il avait retrouvé la vue. Il s’était alors libéré de ses années d'ombre, volant de succès en succès, impressionnant le monde des affaires. En un an à peine, Adrien était redevenu l'héritier incontesté de l'empire Harrison. C'est moi qui l'avais accompagné à travers les hivers et les étés. C’est moi qui avais veillé sur lui du crépuscule à l'aube pendant ces sept années de calvaire. L'embrasser, le serrer dans mes bras, dormir avec lui... Tout cela, c'était moi. Mais je n'aurais jamais imaginé que la première chose qu'il ferait une fois le pouvoir retrouvé serait d’épouser en secret Soline, celle-là même qui l’avait abandonné ! Toutes ces années, je m'étais dépassée pour être à sa hauteur. Mais peu importaient mes efforts, les parents d’Adrien me trouvaient toujours insuffisante pour leur fils, tentant à plusieurs reprises de me faire partir en me proposant de l’argent. Adrien s'était toujours disputé avec eux pour me défendre. Et parce que je ne voulais pas le décevoir, je n'avais jamais pensé à partir. Jusqu’à aujourd’hui. Je ne voulais plus rester à ses côtés. J'ai essuyé mes larmes, sorti mon téléphone et composé un numéro. « Madame Harrison, j’accepte votre offre de cinquante millions. Je quitte Adrien pour toujours. »

第2章

À l’autre bout du fil, la voix de Mme Harrison a instantanément changé de ton, folle de joie. « Tu as enfin retrouvé la raison ? C’est parfait. Tu n’es que la fille de la gouvernante, tu n’aurais jamais pu être à la hauteur de mon fils, l’unique héritier du groupe Harrison. Tu es où ? Viens vite à mon bureau, nous allons signer l’accord. » J'ai eu un sourire amer en regardant l'adresse du café qu'elle venait de m'envoyer. J'ai arrêté un taxi. Une fois sur place, Mme Harrison m'a posé d'innombrables questions. Satisfaite de mes réponses, elle a sorti un contrat de son sac et l'a poussé vers moi. « C’est écrit noir sur blanc. Une fois signé, pas de retour en arrière. Je te vire la moitié de la somme immédiatement, et le reste le jour de ton départ. Tu t’engages à disparaître définitivement de la vie d'Adrien, c'est clair ? » Mes cils ont tremblé en fixant le montant astronomique sur le papier. Disparaître ? Oui. Ni dans cette vie, ni dans une autre, je ne voulais revoir Adrien Harrison. Sans hésiter, j'ai pris le stylo et j'ai signé. Mme Harrison a poussé un soupir de soulagement, a rangé le document et s’est levée pour me donner ses dernières instructions. « Je te donne deux semaines. Change de nom, pars à l'étranger, fais ce que tu veux. Mais débrouille-toi pour qu’Adrien ne te retrouve jamais. » « Comptez sur moi, Madame Harrison. » Après son départ, je suis rentrée à l'appartement. Faire en sorte qu'Adrien ne me retrouve jamais était en réalité assez simple. La famille Harrison avait des règles strictes en raison de ses liens avec les instances politiques du pays : aucun membre clé ne pouvait s’établir durablement à l’étranger sous peine de perdre ses droits de succession. C'était leur charte familiale. Si je m'expatriais, il ne pourrait jamais me suivre. Après avoir passé une partie de la nuit à chercher des destinations, j'ai choisi l'Australie. Mon choix fait, j'ai regardé l'heure sur mon téléphone. Une notification Snapchat est apparue. C'était une story de Soline, composée de neuf photos. Les trois premières étaient des selfies d’elle avec des roses, les trois du milieu montraient leur certificat de mariage, et les trois dernières leurs mains entrelacées. Je savais que puisque Adrien voulait garder ce mariage secret, il lui avait interdit de publier quoi que ce soit. Pourtant, elle l’avait fait. Elle avait simplement personnalisé les paramètres de confidentialité pour que je sois la seule à voir cette story. Une provocation pure et simple. Pour lui montrer que j'avais bien reçu le message, j'ai cliqué sur le bouton "j'aime". À peine sortie de l'application, un message d'Adrien est arrivé : « Léna, je pars en voyage d'affaires pour quelques jours. » J'ai répondu un simple « D'accord », puis je suis allée me coucher. Le lendemain, je me suis levée tôt pour lancer mes démarches d'immigration. Comme j'étais pressée, j'ai demandé une procédure accélérée. L'agent m'a assuré que tout serait prêt sous quinze jours. J'ai enfin pu respirer. En remontant dans ma voiture, j'ai rouvert Snapchat. Soline avait posté une nouvelle story. Cette fois, on y voyait la silhouette d'Adrien. Ils se tenaient la main en visitant des maisons de luxe, avant de s'arrêter sur une immense villa dans le quartier huppé de Bellevue. Comme la veille, j'ai mis un "j'aime". Le troisième jour, je me suis rendue à mon travail pour donner ma démission. En rentrant chez moi, mes cartons sous le bras, j'ai vu la story du jour de Soline. Elle portait une robe de mariée somptueuse, un énorme diamant brillant à son annulaire. Une fois de plus, j'ai cliqué sur le petit cœur, puis je me suis glissée sous ma couette. Le quatrième jour, une nouvelle story est apparue dès mon réveil. Cette fois, Soline filmait leurs photos de mariage fraîchement accrochées dans le salon de leur nouvelle maison. J'ai fixé l'écran un long moment avant de reprendre mes esprits. J'ai liké la publication, je me suis maquillée et je suis sortie dîner avec quelques amies pour leur faire mes adieux. Le soir, je suis rentrée avec des cartons vides et j'ai commencé à trier. J'ai jeté tout ce qui me liait à Adrien. Les cadeaux qu’il m’avait offerts au fil des ans, nos brosses à dents assorties, nos photos de couple... Tout a fini à la poubelle. Quand j'ai terminé, il était déjà plus de minuit. Alors que j'allais éteindre les lumières pour dormir, Adrien est soudainement rentré. En voyant l'appartement à moitié vide, il s'est figé, les sourcils froncés. « Pourquoi il manque autant de choses ici ? » « Je ne les aimais plus, alors je les ai jetées. J’en achèterai d’autres plus tard. » Adrien a hoché la tête, a retiré sa veste pour la jeter sur le canapé, mais son regard s'est posé sur les cartons empilés dans le coin. « Tu as démissionné ? » Il s'est arrêté, puis a remarqué mes papiers d'identité posés sur la table basse. « Pourquoi tes papiers sont sortis ? » « J'étais fatiguée, je voulais faire une pause, alors j'ai quitté mon travail. Et pour les papiers, j'ai juste quelques démarches administratives à régler. » J'ai répondu calmement, tout en rangeant les documents dans mon sac. Devant mon calme, Adrien ne s'est pas méfié. Il s'est approché, m’a serrée contre lui et a murmuré d'une voix douce : « J'ai été très pris ces derniers temps, je n'ai pas pu m'occuper de toi. C'est ton anniversaire dans deux jours. On va aux enchères demain ? Je t’offrirai ce que tu veux. » Je n’ai pas refusé. Le lendemain, à peine installés dans la salle de vente, j'ai vu Soline arriver. Elle s'est avancée d'un pas chaloupé et s'est assise juste à côté d’Adrien. Pendant toute la soirée, Adrien a gardé les yeux fixés sur moi, me parlant à voix basse sans accorder un seul regard à la femme assise à sa droite. Une fois la vente terminée, il n'a pas traîné et m'a entraînée vers la sortie. Avant de partir, je suis passée par les toilettes. En sortant, j'ai aperçu Soline coincée dans la cage d'escalier, entourée par un groupe de jeunes héritiers arrogants qui se moquaient d'elle. « Tiens, tiens, Soline. Tu as lâchement abandonné Adrien Harrison à l'époque, et regarde où tu en es aujourd'hui. On appelle ça le karma, non ? » « J’ai entendu dire que ton père veut te marier de force à un vieux croulant qui a déjà un pied dans la tombe. Tu es encore plutôt jolie. Pourquoi tu ne viens pas avec nous plutôt ? On saura t'apprécier à ta juste valeur... » Il n'a pas pu finir sa phrase. Adrien venait de dévaler les escaliers. Le visage déformé par la rage, il a asséné un coup de pied violent au meneur du groupe.

第3章

Il l'a plaqué au sol, le rouant de coups de poing avec une violence inouïe, jusqu'à ce que les autres supplient en sanglotant. « Pardon, Monsieur Harrison ! On s'excuse ! Arrêtez, s'il vous plaît ! » « Cassez-vous ! Si je vous revois un jour autour d'elle, je vous détruis ! » Son hurlement de rage les a fait fuir en courant, manquant de trébucher dans les marches. Le bruit avait attiré de nombreux curieux dans l'escalier. Ignorant les regards, Adrien a relevé Soline. « Tu n'as rien ? » Soline s'est jetée en pleurant dans ses bras. « Je me suis tordue la cheville, j'ai tellement mal... » Le regard d'Adrien s'est assombri. Il l'a soulevée d'un coup, fendant la foule pour partir en courant. Pour protéger la femme qu'il tenait dans ses bras, il a écarté brutalement les personnes sur son passage. Dans sa hâte, il m'a poussée. J'ai perdu l'équilibre et ma tête a heurté violemment la rambarde en fer forgé. Une douleur vive m'a transpercée alors que le sang commençait à couler. Autour de moi, les gens ont paniqué. « Mon Dieu, elle saigne à la tête ! Appelez une ambulance ! » Le visage crispé par la douleur, une sueur froide m’a envahie. Le sang chaud coulait le long de mes doigts, perlant sur mes cils, lourd et étouffant. Je fixais la silhouette d'Adrien qui s'éloignait sans jamais se retourner. Un goût amer a envahi ma bouche. Autrefois, si je me coupais ne serait-ce qu'un doigt en lui préparant à manger, il paniquait, voulait appeler un médecin et s'inquiétait de me voir garder une cicatrice. Je trouvais qu'il exagérait, mais il embrassait ma main et murmurait : « Léna, tu es ce que j'ai de plus précieux. Si tu as mal, j'ai encore plus mal que toi. Maintenant que nous avons réussi, tu n'as plus à faire tout ça. Bientôt, cette main portera mon alliance, et une cicatrice gâcherait tout. » Aujourd'hui, j'étais blessée à terre, et il m'ignorait. Et l'alliance qu'il m'avait promise brillait désormais au doigt d'une autre. L'ambulance m'a emportée à l'hôpital. J'ai dû faire toutes les démarches, voir le médecin et récupérer mes médicaments absolument seule. Je ne suis rentrée qu'au milieu de la nuit. La douleur m'a empêchée de fermer l'œil de la nuit. Adrien n'est pas rentré. Le lendemain matin, alors que je changeais mon pansement d'un geste las, j'ai vu la story de Soline. C’était une vidéo d'Adrien, un genou à terre, massant délicatement sa cheville avant de lui appliquer de la pommade. J'ai regardé la boucle plusieurs fois, les yeux brouillés par les larmes, avant de sombrer dans un sommeil agité. Quand je me suis réveillée, il faisait déjà nuit noire. Mon téléphone vibrait sur l'oreiller. J'ai décroché. La voix d'Adrien a lâché une adresse : « Domaine de l'Étoile, salon privé 703. Viens tout de suite. » J'ai hésité un instant avant de sortir du lit. Je me suis préparée rapidement et je m'y suis rendue. En poussant la porte du salon privé, la première personne que j'ai vue était Soline. Elle avait les yeux rougis, l'air d'une petite bête traquée et victime. Une attitude pitoyable qui appelait à la pitié. Adrien la fixait en silence, le visage fermé, l'air pensif et grave. Le silence s'est étiré, pesant. Finalement, j'ai pris la parole. « Pourquoi tu m'as fait venir ? » Adrien s'est redressé, croisant les mains dans une posture de juge. « Léna, les types qui s'en sont pris à Soline hier... c'est toi qui les as payés pour faire ça ? » Je me suis figée. Mon regard a croisé celui de Soline. J'y ai décelé une lueur fugitive de triomphe. À cet instant précis, j'ai compris que toute cette agression n'était qu'une mise en scène orchestrée par Soline elle-même. J'ai eu un rire sans joie. « Ce n'est pas moi. Je ne les connais pas, et je n'ai aucun intérêt à faire une chose pareille. » Le visage d'Adrien ne s'est pas adouci. Il a baissé les yeux, le ton monocorde. « Léna, le jour où Soline a décidé de me quitter il y a des années, j'ai tourné la page. Tu es à mes côtés depuis sept ans, tu devrais savoir qui est dans mon cœur aujourd'hui. La famille de Soline est en ruine, n'importe qui peut essayer de profiter d'elle en ce moment, mais ça ne devrait pas être toi. Tu n'as pas besoin de t'en prendre à elle à cause de moi. » Ces mots ont brisé le peu de force qui me restait. Je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à ses hurlements de douleur au milieu de la nuit quand il était aveugle, à mes courses effrénées pour lui trouver des médecins, à son désespoir silencieux lorsqu'on lui disait qu’il ne reverrait jamais... Cet héritier brillant qui avait perdu la vue pour une fille qui l'avait fui. Mais ces nuits de cauchemar, ces sept années de dévouement absolu, il les balayait d'un revers de main, comme si elles n'avaient jamais existé. Mes larmes sont montées alors que je pensais à leur certificat de mariage signé. « Oui, sept ans ensemble. Et c’est seulement aujourd’hui que je comprends enfin qui est réellement dans ton cœur. » Adrien a froncé les sourcils. « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? » J'ai secoué la tête avec un sourire d'autodérision. « Je veux dire que je ne suis que la fille de la gouvernante. Quel pouvoir ou quel argent aurais-je pour engager des voyous et harceler une jeune femme de la haute société ? » Même face à l'évidence, Adrien refusait de me croire. J'étais fatiguée. J'ai pris une grande inspiration et j'ai abandonné tout espoir de me défendre. « Puisque tu ne me crois pas, dis-moi directement ce que tu attends de moi. » Adrien s'est frotté les tempes. « Des excuses, Léna. Quand on fait une erreur, on assume et on s'excuse. » C'est alors que Soline, restée silencieuse jusque-là, a pris la parole d'une voix faussement timide. « Pas besoin d'excuses formelles. Si elle regrette vraiment, elle n'a qu'à boire tout ça. »

第4章

Sur la table basse, plusieurs bouteilles de whisky ambré étaient alignées. Mon regard s'est tourné vers Adrien, cherchant une réponse dans ses yeux. Mais la lumière tamisée masquait son expression. Dans ce silence de plomb, l'air est venu à me manquer. J'ai étouffé un sanglot alors que les souvenirs du passé m'assaillaient. Quand Adrien venait d'arriver au vieux domaine, ne supportant pas sa cécité, il se saoulait chaque jour pour oublier. Inquiète pour sa santé, je tentais sans cesse de lui retirer ses bouteilles, mais il m'envoyait balader. Jusqu'au jour où, ivre mort, il m’a lancé avec mépris en poussant plusieurs bouteilles vers moi : « Même la fille de la gouvernante se permet de me faire la morale maintenant ? Je suis tombé si bas que ça ? Très bien, bois tout ça, et je t'écouterai. » Je voulais lui dire que je ne lui faisais pas la morale. Que j'avais juste... peur pour lui. Alors, bien que je sois gravement allergique à l'alcool, pour lui prouver ma bonne foi, je n'ai pas hésité une seconde. J'ai saisi une bouteille et je l'ai bue d'un trait. Dix minutes plus tard, j'étais transportée d'urgence à l'hôpital. À mon réveil, il était assis près de mon lit, le visage ravagé par l'angoisse. « C'est moi qui étais ivre, pas toi ! Tu sais très bien que tu es allergique, pourquoi tu as joué avec ta vie comme ça ? » Je lui avais répondu une seule phrase : « Parce que je m'inquiétais pour toi, Adrien. Un jour, tu retrouveras la vue. Et même si ce n'est pas le cas, je resterai avec toi pour toujours. Alors s'il te plaît, n'abandonne pas. » Depuis ce jour-là, Adrien n'avait plus jamais touché à une goutte d'alcool. Pendant des années, il n'y avait plus eu une seule bouteille chez nous. En y repensant aujourd'hui, j'ai eu un sourire triste, les larmes coulant sur mes joues. Je n'ai pas cherché à discuter. Je me suis penchée, j'ai attrapé un sachet de moutarde forte en poudre posé sur le plateau de présentation, et je l'ai vidé dans le premier verre de whisky. Ma voix est restée ferme. « Juste ces verres ? Ce ne serait pas assez sincère. J'ajoute une petite punition personnelle, ça te va ? » Sans attendre, j'ai porté le verre à mes lèvres et j'ai bu d'un trait, puis j'en ai enchaîné un deuxième, puis un troisième. Le goût brûlant et âcre de la moutarde mêlé à l'alcool m'a arraché la gorge, se propageant dans mon estomac, mais sans jamais réussir à anesthésier la douleur de mon cœur. Ce n'est qu'au septième verre qu'Adrien, incapable de supporter la scène plus longtemps, a hurlé : « Ça suffit ! » Regardant les bouteilles encore à moitié pleines, j'ai souri à travers mes larmes. « Déjà fini ? Mes excuses sont acceptées alors ? C'est suffisant pour satisfaire ta protégée ? » Entendant cela, Adrien s'est levé brusquement et m'a attrapé le poignet. Son visage d'ordinaire si calme était noir de colère. « Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je voulais ! Léna, je te l'ai dit, il n'y a plus rien entre Soline et moi. Ma famille refuse que je t'épouse. Si tu fais des vagues, ils vont s'en servir contre toi, et je veux juste t'éviter des ennuis ! » Il parlait avec une telle conviction, persuadé d'avoir raison. Mais j'ai éclaté d'un rire amer. La famille Harrison me rejetait, moi, la fille de la gouvernante. Mais auraient-ils accepté Soline, celle qui l'avait trahi, si Adrien n'avait pas remué ciel et terre pour l'épouser en secret ? Quand on veut, on peut. Tout le reste n'est que mensonge pour masquer un manque d'amour. Je ne voulais plus perdre mon temps en vaines paroles. J'ai dégagé ma main et j'ai tourné les talons. Mais à peine arrivée à la porte, mes forces m'ont abandonnée et je me suis effondrée. « Léna ! » Le cœur d'Adrien a raté un battement. Il s'est précipité pour me rattraper et me soulever dans ses bras. Soline a tenté de le retenir par la manche, la voix tremblante : « Adrien... je me sens mal moi aussi... » Adrien s'est arrêté un instant. Mais après une seconde d'hésitation, il a tracé sa route en jetant derrière lui : « Je dois emmener Léna à l'hôpital. Appelle mon assistant pour qu'il vienne te chercher. » À mon réveil, j'étais dans une chambre d'hôpital. Adrien, qui était resté à mon chevet toute la nuit, a poussé un soupir de soulagement en me voyant ouvrir les yeux. Nous nous sommes regardés de longues minutes sans dire un mot. Il m'a tendu un verre d'eau tiède, a ajusté ma couverture, puis est sorti appeler le médecin pour faire le point sur mes examens, notant scrupuleusement toutes les consignes médicales. Il a annulé toutes ses réunions de la journée. Voyant son secrétaire faire les cent pas devant la porte avec l'air inquiet, j'ai fini par dire : « Tu devrais y aller. Je peux me débrouiller seule. Ce n'est plus ton rôle de faire ça. » Adrien s'est figé, sa main retenant la poignée de la porte. « C'est mon rôle, Léna. Tu as oublié ? C'est exactement comme ça que tu t'es occupée de moi pendant des années. » Une pointe de nostalgie a traversé mon regard. À l'époque, parce qu'il était aveugle et abandonné par sa famille, j'avais appris le braille pour lui faire la lecture, je l'accompagnais dans ses promenades, je lui cuisinais ses plats préférés... C'était comme si j'avais gardé pour moi seule un secret précieux, et ma vie si terne s'était illuminée grâce à lui. Ces sept années passées à ses côtés avaient été les plus belles de ma vie. Mais l'illusion était terminée, et on ne revient pas en arrière. L'après-midi, l'infirmière m'a raccompagnée dans ma chambre après mes derniers examens. En poussant la porte, j'ai vu Adrien au téléphone, mon propre portable à la main, parlant d'un ton glacial à sa mère. « Je vous l'ai déjà dit, Léna et moi nous nous aimons. Je me fiche de ses origines, alors arrêtez de perdre votre temps. Je vais l'épouser, elle ne partira pas. » En m'entendant entrer, il a levé les yeux vers moi. C'est à ce moment-là que la voix de Mme Harrison a résonné, perplexe, à travers le haut-parleur. « Comment ça, elle ne partira pas ? Tu n'es pas au courant ? Léna a accepté mon argent il y a trois jours, elle a déjà signé pour s'installer à l'étranger... »

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