Condamné à mourir, je l'ai vue épouser mon pire ennemi

NovelMaster Completed
WerewolfRomance 现实主义-Realistic重生-Reborn男频-Male Fiction惊悚-Thriller校园-School

Autrefois, j’ai usé de chantage pour forcer la fille que mes parents parrainaient à rester avec moi. Je l’ai gâtée comme une reine. Je cuisinais pour elle, lavais ses vêtements et j’ai même vidé mes comptes pour soigner la paralysie de sa grand-mère. Plus tard, mes parents ont été piégés et sont morts dans un accident tragique. Leurs assassins m’ont laissé pour mort, un éclat de métal enfoncé au plus profond du crâne. Les médecins m’avaient prévenu : je ne dépasserais pas les cinq ans. Pourtant, c’est vers le fils de mon ennemi juré qu’elle s’est tournée, lui prenant tendrement la main. Je savais qu’il était son premier amour, celui qui lui avait échappé. Elle m'avait toujours détesté pour les avoir séparés. Alors, le cœur brisé, j'ai disparu de sa vie. Cinq ans après, nos chemins se sont croisés à nouveau. Elle était désormais à la tête d’un empire multimilliardaire et annonçait fièrement ses fiançailles avec son premier amour. Moi, je n'étais plus qu'un sans-abri au bout du rouleau, traînant mes derniers souffles dans la boue. Une fois de plus, j'ai fait demi-tour pour fuir, l'âme en lambeaux. Mais sur l'estrade luxueuse, les larmes aux yeux, elle a lâché tout le monde pour courir vers moi. Mes parents ont été piégés avant de périr dans d’atroces souffrances. L’entreprise familiale a fait faillite. Et au cours de l'agression, mes ennemis m’ont laissé un éclat de métal logé dans le cerveau. Le médecin a été formel : je ne survivrais pas au-delà de la cinquième année. Et cette année est la dernière. Je pensais finir mes jours en silence, dans un coin oublié de tous. Mais le soir de la Saint-Valentin… Alors que je fouillais dans une benne à ordures, j'ai aperçu Daphné Morel devant un palace étoilé. Elle portait une robe haute couture étincelante de diamants. Elle était d’une beauté à couper le souffle, respirant le pouvoir et l’opulence. Ma main s'est figée dans les déchets. Je l’ai fixée, le regard vide, la gorge serrée par les larmes. Elle était désormais une grande patronne intouchable, plus du tout la gamine timide que j’aimais taquiner. À cet instant, un homme s'est approché d'elle. C’était Maxime Delacroix, le fils de celui qui avait anéanti ma famille. Mes poings se sont serrés si fort que mes articulations ont blanchi. Daph a glissé doucement son bras sous le sien, un sourire tendre aux lèvres. En les voyant, tout est devenu clair. Elle allait se fiancer avec Maxime. — Dégage de là, sale clodo ! Un hurlement m’a brutalement ramené sur terre. En voyant le vigile lever la main sur moi, j'ai reculé à toute vitesse, tremblant de froid et de peur. Le garde a craché par terre avant de s’éloigner. J’ai glissé mes doigts dans ma poche pour effleurer mes quelques pièces froissées. Même pas de quoi acheter mes antalgiques. J’ai décidé de tenter ma chance vers un autre conteneur plus bas dans la rue, espérant récupérer quelques bouteilles à consigner. Mais soudain, Daph est apparue juste devant moi, me fixant avec une intensité troublante. J'ai aussitôt plongé la tête dans la poubelle. Est-ce qu’elle m’avait reconnu ? Cette seule pensée me faisait frissonner de honte. Elle devait me trouver tellement minable. Tellement grotesque. À ce moment-là, Maxime est arrivé avec un sac de traiteur et l’a tendu à Daph. — Tu as faim ? Tiens, prends ça, a-t-elle murmuré en me tendant la boîte, un doux sourire sur les lèvres. J’avais le visage barbouillé de suie et de terre. J’ai gardé la tête baissée et j’ai lâché d’une voix rauque : — Merci. Maxime a froncé les sourcils en se pinçant le nez : — Daph, tu es toujours trop gentille avec ces rats d'égout. Elle a plongé son regard dans le mien : — Parce que je sais ce que c’est que d’avoir le ventre vide. — Bon, peu importe. Ça pue ici, viens, on s'en va. Sur ces mots, Maxime a balancé deux billets de vingt euros par terre, a attrapé Daphné par la taille et l'a entraînée. J’ai regardé sa silhouette s’éloigner avant de ramasser prudemment les billets. Puis j’ai ricané amèrement contre moi-même : — Mais qu'est-ce que tu espérais, Bastien ? Comment pourrait-elle te reconnaître ? Après tout, je n'étais plus qu'un déchet vivant que tout le monde évitait comme la peste. Une douleur creuse et glaciale m’a transpercé la poitrine.Je me suis souvenu de notre toute première rencontre. Elle était apeurée comme un petit chat errant. Mes parents m'avaient raconté son histoire. Elle avait perdu ses deux parents très jeune. Sa grand-mère était à moitié paralysée, et la petite Daph avait dû grandir bien trop vite. Elle dormait à peine cinq heures par nuit, debout avant l'aube pour s'occuper de son aïeule clouée au lit. Elle faisait la cuisine, le ménage… Et comme elle n'atteignait pas les fourneaux, elle montait sur un petit tabouret en bois usé. Sa vie n'était qu'injustice et misère. J’avais voulu la sauver. J’avais supplié mes parents d’utiliser leur fondation pour financer ses études et ses soins. Grâce à nous, sa grand-mère avait enfin pu être admise dans une clinique décente. Au début, elle me regardait avec des yeux craintifs. Moi, je me contentais de rire et de lui ébouriffer doucement les cheveux. Par la suite, je l'ai emmenée dans des parcs d'attractions, faire les boutiques, manger dans de bons restaurants, voir des films. Tout était une découverte pour elle. Mais chaque fois que je voulais lui offrir un cadeau, elle refusait timidement d’un signe de tête. Cela ne faisait que me fendre le cœur un peu plus. Au fil des années, je l'ai pourrie gâtée. Elle est devenue de plus en plus dépendante de moi. Elle appelait mes parents « papa » et « maman », mais elle ne m'a jamais appelé « grand frère ». Ça m’était bien égal. Il y avait entre nous un pacte tacite, un fil invisible. Jusqu’à notre entrée au lycée, le jour où Maxime Delacroix est venu lui déclarer sa flamme. Maxime était le fils du pire rival de mon père. Un gosse de riche pourri, un playboy insupportable. J’ignorais s’il le faisait uniquement pour me faire enrager, mais il lui tournait autour sans relâche, pile sous mes yeux. Je pensais que Daphné l’ignorerait. Mais face à ses attentions romantiques incessantes, elle a fini par esquisser un sourire en le regardant. Et lors d’une énième déclaration publique, elle a fini par accepter son bouquet de fleurs.Ce jour-là, j’ai sauté sur Maxime. Mes poings ont parlé. Pour la première fois de ma vie, j’ai voulu tuer quelqu'un. Mais Daphné s'est jetée entre nous en pleurant, me suppliant de le laisser tranquille. Une rage sourde m'a consumé. Je lui ai hurlé dessus : — Tu as la moindre idée de qui est ce mec ?! — Les Delacroix et les Roche se font la guerre depuis des décennies ! Elle m’a défié du regard, le menton levé : — C’est ma vie privée, Bastien. Ça ne te regarde pas. Je l’ai foudroyée des yeux : — N'oublie pas que tu fais pratiquement partie de notre famille ! En entendant ces mots, Daph a perdu tout contrôle : — Je ne suis pas ta sœur ! Et je ne veux surtout pas l’être ! La moutarde m’est montée au nez. La jalousie la plus sombre a pris le dessus. Qu’est-ce qu’il avait de plus que moi ? Pourquoi était-elle si aveugle ? La plaquant contre le mur dans un accès de possessivité toxique, j’ai grondé : — Tu l’aimes tant que ça, Delacroix ? Eh bien, tu ne l’auras jamais ! — Tu ne veux pas qu’on soit frère et sœur ? Très bien. À partir d'aujourd'hui, c’est ma petite amie que tu seras ! — Si tu refuses, je demande à mes parents de couper les aides. Tu pourras reprendre ta grand-mère malade et retourner crever dans la rue ! Ses yeux se sont emplis de larmes. Après un silence interminable et déchirant, elle a fini par hocher la tête. À l’époque, je ne me rendais pas compte du mal que ces paroles lui faisaient. Tout ce que j'ai vu, c'est qu'à partir de cet instant, son sourire a disparu pour toujours. En voyant ses yeux rougis par le chagrin, une culpabilité rongeante m’a envahi. Alors, j'ai redoublé d'efforts pour me faire pardonner. Elle avait l’estomac fragile, alors j’ai appris à concocter des plats légers et raffinés, m’entaillant les doigts une vingtaine de fois au couteau. Elle ne supportait pas l’odeur du tabac, alors j’ai obligé mon père à arrêter net la cigarette. Je pensais qu’avec le temps, nous finirions par trouver le vrai bonheur ensemble. Mais peu après, la tragédie a frappé. Mes parents ont été piégés et sont morts sur le coup. Notre entreprise a été dépecée et liquidée. J'ai été kidnappé, passé à tabac jusqu'au coma, et je me suis réveillé avec un fragment de métal coincé sous la boîte crânienne. Le diagnostic est tombé : cinq ans à vivre au maximum sans une opération quasi introuvable et hors de prix. C'est alors qu'on m'a annoncé que la grand-mère de Daph était à l'article de la mort. J'ai serré les dents et j'ai vidé le tout dernier compte secret qu'il me restait pour payer l'intervention d'urgence de la vieille femme. Pour ne pas entraîner Daphné dans ma chute, j’ai voulu la voir une dernière fois avant de disparaître à jamais. Mais quand je l'ai trouvée… elle tenait la main de Maxime. J'ai effleuré ma cicatrice douloureuse, j’ai lâché un rire amer et je me suis enfui sous la pluie battante, les yeux brûlés par les larmes.Je n’avais plus rien. Absolument plus rien. Pour échapper aux créanciers et aux hommes de main, j'ai fui vers une autre région. À cause de ce morceau de métal dans la tête, impossible de garder un emploi stable. Ma vue se brouillait, et des migraines atroces me terrassaient. Peu à peu, j'ai basculé dans la rue, en venant à disputer des restes de nourriture aux chiens errants. En cette cinquième et dernière année de sursis, je suis revenu ici. Je voulais mourir là où j’étais né. Et au fond de moi, je voulais poser les yeux sur elle une dernière fois avant de passer l'arme à gauche. Après tout, si j'avais traîné cette carcasse brisée pendant cinq longues années, c'était pour deux raisons : D'abord, découvrir la vérité sur la mort de mes parents. Ensuite, comprendre pourquoi Daphné nous avait trahis. Après l'enterrement de mes parents, les Delacroix avaient financé ses études supérieures. Et à peine diplômée, ils l’avaient propulsée directrice générale du Groupe Delacroix. Elle était devenue l'icône absolue de la réussite pour toutes les jeunes femmes du pays. Quelques jours plus tôt, la famille Delacroix avait officialisé les fiançailles de Daphné et de Maxime. Ce soir-là, des feux d’artifice avaient illuminé tout le ciel de la ville. Des friandises avaient été distribuées un peu partout dans les rues. J’en avais ramassé une. Mais son goût était affreusement amer. J’avais envisagé d'aller la trouver, de lui hurler ma rancœur au visage. Mais en apercevant mon reflet crasseux et décharné dans la vitre d'un magasin, je n'avais pu que ricaner de pitié. Tandis que ces pensées tournaient en boucle, mon crâne s’est mis à pulser violemment. Les cachets bas de gamme ne faisaient plus aucun effet. Ma seule issue était de fermer les yeux pour essayer de dormir. Dans mon demi-sommeil, j'ai été tiré de ma torpeur par une bande d'ivrognes bruyants. — Regardez-moi ce clochard qui pionce comme un prince ! — Moi, j'arrive même pas à dormir avec mes soucis, et ce déchet s'étale tranquille ? Réveille-moi ça ! Avant que mon esprit brumeux ne comprenne ce qui arrivait, les types ont commencé à me rouer de coups de pied, arrosant mes cheveux de bière bon marché. J’ai essayé de me relever pour les repousser, mais un vertige foudroyant m’a fauché. Je me suis écroulé sur une bouteille en verre qui a volé en éclats. Mon geste a décuplé leur rage. Ils ont cogné encore plus fort avant de repartir en ricanant comme des hyènes. L'alcool brûlait férocement ma peau déchirée. J’ai tenté de ramper, mais ma paume s'est enfoncée dans les débris de verre, laissant une mare de sang sur l'asphalte froid. Cette fois, c’était la fin. J’allais enfin crever. Je suis resté plaqué au sol, prêt à accepter mon sort. Soudain, Daph est apparue devant moi. Des larmes brillaient au bord de ses yeux écarquillés par le choc. Mon cœur s’est pulvérisé. J’ai collé mon visage contre le bitume sale, me recroquevillant en boule. Je ne voulais pas qu'elle me voie. Je me suis mis à ramper désespérément vers l'ombre d'une ruelle. Une main couverte de sang, l'autre de boue. Mais elle a fait un pas, me barrant la route. — Casse-toi ! Dégage ! J'ai forcé ma voix à sonner rauque, hystérique, jouant le rôle du vagabond fou furieux et terrifié. Le silence est tombé, lourd comme une chape de plomb. J'ai cru entendre le bruit étouffé d'un sanglot, mais je n'ai pas osé lever les yeux. Après de longues secondes, sa voix a tremblé, glaciale mais brisée : — Bastien Roche… Tu comptes faire semblant de ne pas me reconnaître encore longtemps ?

Chapters (4)

第1章

Autrefois, j’ai usé de chantage pour forcer la fille que mes parents parrainaient à rester avec moi. Je l’ai gâtée comme une reine. Je cuisinais pour elle, lavais ses vêtements et j’ai même vidé mes comptes pour soigner la paralysie de sa grand-mère. Plus tard, mes parents ont été piégés et sont morts dans un accident tragique. Leurs assassins m’ont laissé pour mort, un éclat de métal enfoncé au plus profond du crâne. Les médecins m’avaient prévenu : je ne dépasserais pas les cinq ans. Pourtant, c’est vers le fils de mon ennemi juré qu’elle s’est tournée, lui prenant tendrement la main. Je savais qu’il était son premier amour, celui qui lui avait échappé. Elle m'avait toujours détesté pour les avoir séparés. Alors, le cœur brisé, j'ai disparu de sa vie. Cinq ans après, nos chemins se sont croisés à nouveau. Elle était désormais à la tête d’un empire multimilliardaire et annonçait fièrement ses fiançailles avec son premier amour. Moi, je n'étais plus qu'un sans-abri au bout du rouleau, traînant mes derniers souffles dans la boue. Une fois de plus, j'ai fait demi-tour pour fuir, l'âme en lambeaux. Mais sur l'estrade luxueuse, les larmes aux yeux, elle a lâché tout le monde pour courir vers moi. Mes parents ont été piégés avant de périr dans d’atroces souffrances. L’entreprise familiale a fait faillite. Et au cours de l'agression, mes ennemis m’ont laissé un éclat de métal logé dans le cerveau. Le médecin a été formel : je ne survivrais pas au-delà de la cinquième année. Et cette année est la dernière. Je pensais finir mes jours en silence, dans un coin oublié de tous. Mais le soir de la Saint-Valentin… Alors que je fouillais dans une benne à ordures, j'ai aperçu Daphné Morel devant un palace étoilé. Elle portait une robe haute couture étincelante de diamants. Elle était d’une beauté à couper le souffle, respirant le pouvoir et l’opulence. Ma main s'est figée dans les déchets. Je l’ai fixée, le regard vide, la gorge serrée par les larmes. Elle était désormais une grande patronne intouchable, plus du tout la gamine timide que j’aimais taquiner. À cet instant, un homme s'est approché d'elle. C’était Maxime Delacroix, le fils de celui qui avait anéanti ma famille. Mes poings se sont serrés si fort que mes articulations ont blanchi. Daph a glissé doucement son bras sous le sien, un sourire tendre aux lèvres. En les voyant, tout est devenu clair. Elle allait se fiancer avec Maxime. — Dégage de là, sale clodo ! Un hurlement m’a brutalement ramené sur terre. En voyant le vigile lever la main sur moi, j'ai reculé à toute vitesse, tremblant de froid et de peur. Le garde a craché par terre avant de s’éloigner. J’ai glissé mes doigts dans ma poche pour effleurer mes quelques pièces froissées. Même pas de quoi acheter mes antalgiques. J’ai décidé de tenter ma chance vers un autre conteneur plus bas dans la rue, espérant récupérer quelques bouteilles à consigner. Mais soudain, Daph est apparue juste devant moi, me fixant avec une intensité troublante. J'ai aussitôt plongé la tête dans la poubelle. Est-ce qu’elle m’avait reconnu ? Cette seule pensée me faisait frissonner de honte. Elle devait me trouver tellement minable. Tellement grotesque. À ce moment-là, Maxime est arrivé avec un sac de traiteur et l’a tendu à Daph. — Tu as faim ? Tiens, prends ça, a-t-elle murmuré en me tendant la boîte, un doux sourire sur les lèvres. J’avais le visage barbouillé de suie et de terre. J’ai gardé la tête baissée et j’ai lâché d’une voix rauque : — Merci. Maxime a froncé les sourcils en se pinçant le nez : — Daph, tu es toujours trop gentille avec ces rats d'égout. Elle a plongé son regard dans le mien : — Parce que je sais ce que c’est que d’avoir le ventre vide. — Bon, peu importe. Ça pue ici, viens, on s'en va. Sur ces mots, Maxime a balancé deux billets de vingt euros par terre, a attrapé Daphné par la taille et l'a entraînée. J’ai regardé sa silhouette s’éloigner avant de ramasser prudemment les billets. Puis j’ai ricané amèrement contre moi-même : — Mais qu'est-ce que tu espérais, Bastien ? Comment pourrait-elle te reconnaître ? Après tout, je n'étais plus qu'un déchet vivant que tout le monde évitait comme la peste. Une douleur creuse et glaciale m’a transpercé la poitrine.

第2章

Je me suis souvenu de notre toute première rencontre. Elle était apeurée comme un petit chat errant. Mes parents m'avaient raconté son histoire. Elle avait perdu ses deux parents très jeune. Sa grand-mère était à moitié paralysée, et la petite Daph avait dû grandir bien trop vite. Elle dormait à peine cinq heures par nuit, debout avant l'aube pour s'occuper de son aïeule clouée au lit. Elle faisait la cuisine, le ménage… Et comme elle n'atteignait pas les fourneaux, elle montait sur un petit tabouret en bois usé. Sa vie n'était qu'injustice et misère. J’avais voulu la sauver. J’avais supplié mes parents d’utiliser leur fondation pour financer ses études et ses soins. Grâce à nous, sa grand-mère avait enfin pu être admise dans une clinique décente. Au début, elle me regardait avec des yeux craintifs. Moi, je me contentais de rire et de lui ébouriffer doucement les cheveux. Par la suite, je l'ai emmenée dans des parcs d'attractions, faire les boutiques, manger dans de bons restaurants, voir des films. Tout était une découverte pour elle. Mais chaque fois que je voulais lui offrir un cadeau, elle refusait timidement d’un signe de tête. Cela ne faisait que me fendre le cœur un peu plus. Au fil des années, je l'ai pourrie gâtée. Elle est devenue de plus en plus dépendante de moi. Elle appelait mes parents « papa » et « maman », mais elle ne m'a jamais appelé « grand frère ». Ça m’était bien égal. Il y avait entre nous un pacte tacite, un fil invisible. Jusqu’à notre entrée au lycée, le jour où Maxime Delacroix est venu lui déclarer sa flamme. Maxime était le fils du pire rival de mon père. Un gosse de riche pourri, un playboy insupportable. J’ignorais s’il le faisait uniquement pour me faire enrager, mais il lui tournait autour sans relâche, pile sous mes yeux. Je pensais que Daphné l’ignorerait. Mais face à ses attentions romantiques incessantes, elle a fini par esquisser un sourire en le regardant. Et lors d’une énième déclaration publique, elle a fini par accepter son bouquet de fleurs.

第3章

Ce jour-là, j’ai sauté sur Maxime. Mes poings ont parlé. Pour la première fois de ma vie, j’ai voulu tuer quelqu'un. Mais Daphné s'est jetée entre nous en pleurant, me suppliant de le laisser tranquille. Une rage sourde m'a consumé. Je lui ai hurlé dessus : — Tu as la moindre idée de qui est ce mec ?! — Les Delacroix et les Roche se font la guerre depuis des décennies ! Elle m’a défié du regard, le menton levé : — C’est ma vie privée, Bastien. Ça ne te regarde pas. Je l’ai foudroyée des yeux : — N'oublie pas que tu fais pratiquement partie de notre famille ! En entendant ces mots, Daph a perdu tout contrôle : — Je ne suis pas ta sœur ! Et je ne veux surtout pas l’être ! La moutarde m’est montée au nez. La jalousie la plus sombre a pris le dessus. Qu’est-ce qu’il avait de plus que moi ? Pourquoi était-elle si aveugle ? La plaquant contre le mur dans un accès de possessivité toxique, j’ai grondé : — Tu l’aimes tant que ça, Delacroix ? Eh bien, tu ne l’auras jamais ! — Tu ne veux pas qu’on soit frère et sœur ? Très bien. À partir d'aujourd'hui, c’est ma petite amie que tu seras ! — Si tu refuses, je demande à mes parents de couper les aides. Tu pourras reprendre ta grand-mère malade et retourner crever dans la rue ! Ses yeux se sont emplis de larmes. Après un silence interminable et déchirant, elle a fini par hocher la tête. À l’époque, je ne me rendais pas compte du mal que ces paroles lui faisaient. Tout ce que j'ai vu, c'est qu'à partir de cet instant, son sourire a disparu pour toujours. En voyant ses yeux rougis par le chagrin, une culpabilité rongeante m’a envahi. Alors, j'ai redoublé d'efforts pour me faire pardonner. Elle avait l’estomac fragile, alors j’ai appris à concocter des plats légers et raffinés, m’entaillant les doigts une vingtaine de fois au couteau. Elle ne supportait pas l’odeur du tabac, alors j’ai obligé mon père à arrêter net la cigarette. Je pensais qu’avec le temps, nous finirions par trouver le vrai bonheur ensemble. Mais peu après, la tragédie a frappé. Mes parents ont été piégés et sont morts sur le coup. Notre entreprise a été dépecée et liquidée. J'ai été kidnappé, passé à tabac jusqu'au coma, et je me suis réveillé avec un fragment de métal coincé sous la boîte crânienne. Le diagnostic est tombé : cinq ans à vivre au maximum sans une opération quasi introuvable et hors de prix. C'est alors qu'on m'a annoncé que la grand-mère de Daph était à l'article de la mort. J'ai serré les dents et j'ai vidé le tout dernier compte secret qu'il me restait pour payer l'intervention d'urgence de la vieille femme. Pour ne pas entraîner Daphné dans ma chute, j’ai voulu la voir une dernière fois avant de disparaître à jamais. Mais quand je l'ai trouvée… elle tenait la main de Maxime. J'ai effleuré ma cicatrice douloureuse, j’ai lâché un rire amer et je me suis enfui sous la pluie battante, les yeux brûlés par les larmes.

第4章

Je n’avais plus rien. Absolument plus rien. Pour échapper aux créanciers et aux hommes de main, j'ai fui vers une autre région. À cause de ce morceau de métal dans la tête, impossible de garder un emploi stable. Ma vue se brouillait, et des migraines atroces me terrassaient. Peu à peu, j'ai basculé dans la rue, en venant à disputer des restes de nourriture aux chiens errants. En cette cinquième et dernière année de sursis, je suis revenu ici. Je voulais mourir là où j’étais né. Et au fond de moi, je voulais poser les yeux sur elle une dernière fois avant de passer l'arme à gauche. Après tout, si j'avais traîné cette carcasse brisée pendant cinq longues années, c'était pour deux raisons : D'abord, découvrir la vérité sur la mort de mes parents. Ensuite, comprendre pourquoi Daphné nous avait trahis. Après l'enterrement de mes parents, les Delacroix avaient financé ses études supérieures. Et à peine diplômée, ils l’avaient propulsée directrice générale du Groupe Delacroix. Elle était devenue l'icône absolue de la réussite pour toutes les jeunes femmes du pays. Quelques jours plus tôt, la famille Delacroix avait officialisé les fiançailles de Daphné et de Maxime. Ce soir-là, des feux d’artifice avaient illuminé tout le ciel de la ville. Des friandises avaient été distribuées un peu partout dans les rues. J’en avais ramassé une. Mais son goût était affreusement amer. J’avais envisagé d'aller la trouver, de lui hurler ma rancœur au visage. Mais en apercevant mon reflet crasseux et décharné dans la vitre d'un magasin, je n'avais pu que ricaner de pitié. Tandis que ces pensées tournaient en boucle, mon crâne s’est mis à pulser violemment. Les cachets bas de gamme ne faisaient plus aucun effet. Ma seule issue était de fermer les yeux pour essayer de dormir. Dans mon demi-sommeil, j'ai été tiré de ma torpeur par une bande d'ivrognes bruyants. — Regardez-moi ce clochard qui pionce comme un prince ! — Moi, j'arrive même pas à dormir avec mes soucis, et ce déchet s'étale tranquille ? Réveille-moi ça ! Avant que mon esprit brumeux ne comprenne ce qui arrivait, les types ont commencé à me rouer de coups de pied, arrosant mes cheveux de bière bon marché. J’ai essayé de me relever pour les repousser, mais un vertige foudroyant m’a fauché. Je me suis écroulé sur une bouteille en verre qui a volé en éclats. Mon geste a décuplé leur rage. Ils ont cogné encore plus fort avant de repartir en ricanant comme des hyènes. L'alcool brûlait férocement ma peau déchirée. J’ai tenté de ramper, mais ma paume s'est enfoncée dans les débris de verre, laissant une mare de sang sur l'asphalte froid. Cette fois, c’était la fin. J’allais enfin crever. Je suis resté plaqué au sol, prêt à accepter mon sort. Soudain, Daph est apparue devant moi. Des larmes brillaient au bord de ses yeux écarquillés par le choc. Mon cœur s’est pulvérisé. J’ai collé mon visage contre le bitume sale, me recroquevillant en boule. Je ne voulais pas qu'elle me voie. Je me suis mis à ramper désespérément vers l'ombre d'une ruelle. Une main couverte de sang, l'autre de boue. Mais elle a fait un pas, me barrant la route. — Casse-toi ! Dégage ! J'ai forcé ma voix à sonner rauque, hystérique, jouant le rôle du vagabond fou furieux et terrifié. Le silence est tombé, lourd comme une chape de plomb. J'ai cru entendre le bruit étouffé d'un sanglot, mais je n'ai pas osé lever les yeux. Après de longues secondes, sa voix a tremblé, glaciale mais brisée : — Bastien Roche… Tu comptes faire semblant de ne pas me reconnaître encore longtemps ?

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