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Mon mari infidèle veut revenir Trop tard, j'ai déjà trouvé mieux
Que feriez-vous si vous voyiez votre mari embrasser sa maîtresse en plein milieu de la rue ? Le visage de Julien s'est décomposé en m'apercevant. Un sourire cynique aux lèvres, j'ai levé ma tasse de café pour porter un toast ironique dans sa direction. En le regardant, le visage sombre, les yeux oscillant nerveusement entre moi et la gamine toujours suspendue à son cou, j'ai ressenti un amusement presque pervers. Je savais qu'il était terrifié à l'idée que je pète encore un plomb, que je traverse la rue en furie pour jeter ce café brûlant au visage de cette fille et lui arracher les cheveux jusqu'à la défigurer. Si c'était l'ancienne Camille, c'est exactement ce que j'aurais fait. Mais aujourd'hui ? Tout ça me semble tellement dérisoire. De l'autre côté de la vitrine, la fille a tiré sur la veste de Julien, le regardant comme une enfant gâtée. Le regard de Julien a glissé vers moi une fraction de seconde, puis il a baissé la tête, un sourire tendre remplaçant sa tension. Il lui a murmuré quelques mots doux à l'oreille, lui a pris la main, et ils se sont éloignés rapidement. J'ai fixé ma tasse de café un long moment avant de la vider d'un seul trait. Après tant d'années de mariage, nous avions encore une sorte de connexion tordue, apparemment. Julien, qui n'avait pas mis les pieds à la maison depuis six mois, a enfin ouvert la porte de notre villa aujourd'hui. J'étais déjà assise sur le canapé, à l'attendre. Je l'ai regardé accrocher son manteau, puis s'avancer vers moi avec l'intention de s'asseoir à mes côtés. Je n'ai pas pu m'empêcher de me reculer. Julien s'est tendu un court instant, puis s'est installé avec désinvolture sur le fauteuil adjacent. J'ai pris une grande inspiration, ma voix un peu rauque : — Julien, divorçons. À l'instant même où ces mots ont franchi mes lèvres, une pointe d'agacement a traversé son visage. Sa voix est devenue froide, teintée de lassitude : — Camille, j'ai déjà la tête sous l'eau avec la boîte. Je suis épuisé. Tu ne vas pas recommencer ton cinéma, s'il te plaît ? Sa réaction était exactement celle que j'attendais. Après tout, c'était lui qui réclamait le divorce à chaque fois qu'il me trompait. Le seul problème, c'est qu'à l'époque, je l'interrompais toujours par des crises d'hystérie. Maintenant que c'était moi qui le proposais, il voyait probablement ça comme un nouveau stratagème désespéré pour le retenir. J'ai levé la main, retiré l'alliance en diamant de mon annulaire, et je l'ai jetée sur la table basse. L'énorme pierre a brillé d'un éclat froid sous la lumière du lustre. — Je suis sérieuse. Je ne joue pas. Julien a enfin daigné me prendre un peu plus au sérieux. Il a haussé un sourcil, croisé ses longues jambes, et m'a dévisagée avec un amusement condescendant. — Et la raison ? — Je trouve juste cette vie d'un ennui mortel. Je veux vivre autrement. J'ai levé les yeux vers lui, un sourire calme et détaché sur les lèvres. J'ai articulé chaque mot : — Et puis, je ne peux plus voir ta tête. Mes paroles ont fait durcir ses traits. Il m'a fixée intensément, cherchant à déceler le mensonge derrière mes mots. Mon expression est restée de marbre, parfaitement sérieuse. Finalement convaincu que je ne faisais pas une énième scène, il s'est frotté les tempes, frustré, avant de déclarer avec une patience forcée : — Je me fiche de ce que tu fais de tes journées quand je ne suis pas là. Divorcés ou non, ça ne change rien. On vit comme ça depuis des années, pourquoi maintenant ? Pourquoi ce besoin soudain de divorcer ? Il m'a jeté un regard lourd de sous-entendus, comme pour me mettre en garde : — Un divorce, ce n'est pas rien. Réfléchis-y bien, ne fais pas ça sur un coup de tête. C'était clair qu'il ne me prenait toujours pas au sérieux. Je savais qu'il me menaçait à demi-mot, me rappelant qu'une fois le divorce signé, il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Dommage pour ses précieux conseils. Cette fois, je n'avais plus la moindre envie de continuer cette mascarade. C'était juste trop épuisant. Sous mon regard d'un calme plat, Julien s'est brusquement levé, s'est dirigé vers la porte, a attrapé son manteau et l'a enfilé. Le mouvement sec de sa veste trahissait sa colère. — Je n'accepterai pas le divorce. Puis, il est sorti de la villa en claquant violemment la porte derrière lui.Le refus de Julien m'a totalement prise de court. Je pensais que, vu le mépris évident qu'on se vouait mutuellement, il sauterait sur l'occasion dès que je lui ouvrirais la porte de sortie. Après tout, c'était lui qui aurait dû vouloir partir le premier. Plus tard, j'ai essayé de l'appeler, mais c'était systématiquement son assistant, Antoine, qui décrochait. La dernière fois, Antoine avait l'air tellement mal à l'aise qu'il a bafoué : — Mme Camille... Monsieur est vraiment très occupé. Il dit qu'il n'a pas le temps de gérer vos... vos caprices. Après ça, j'ai complètement perdu l'envie d'insister. En y réfléchissant, j'en ai conclu que son refus venait uniquement des affaires qui liaient nos deux familles. Un divorce impacterait directement la croissance de nos entreprises respectives. Les alliances stratégiques entre familles influentes sont toujours un enfer à défaire, sans parler du partage des biens qui s'éterniserait des années. Julien était un homme extrêmement ambitieux. Son refus de divorcer était purement financier. Même si le divorce était au point mort, j'avais l'impression qu'une porte verrouillée depuis trop longtemps venait enfin de s'ouvrir dans mon cœur. Lors d'un cocktail caritatif, j'ai accepté sans hésiter l'invitation à une *afterparty* lancée par les filles de mon cercle d'amies. Cela a immédiatement suscité des regards stupéfaits autour de moi. Dans notre milieu, les mariages arrangés sont la norme. Certains couples ont des unions libres et sauvent les apparences, tandis que d'autres s'aiment sincèrement. Mais quelqu'un comme moi, qui avait fait des scandales publics mémorables à cause des tromperies de son mari en perdant toute dignité ? C'était du jamais vu. Julien et moi étions fiancés depuis l'adolescence. Nous étions les petits amis d'enfance idéaux, et il y avait une époque où notre amour était si fusionnel que nous aurions pu mourir l'un pour l'autre. Après nos études à l'école de commerce, nous nous sommes mariés comme prévu, devenant le couple modèle de la haute société. Je ne participais jamais aux soirées folles ni à la vie débauchée de la jeunesse dorée. Mais tout a déraillé quand Julien a commencé à me tromper. Au début, j'ai débarqué dans ses bureaux, j'ai saccagé sa voiture de sport, j'ai traqué ses maîtresses. Tout ça s'est terminé par une humiliation publique pour nos deux familles, et mon père a dû intervenir personnellement pour me calmer. Au début, certaines personnes essayaient de m'inviter à leurs soirées libertines pour me changer les idées, mais je refusais toujours. Avec le temps, tout le monde a abandonné, même s'ils continuaient à m'inviter par pure politesse. Personne ne s'attendait à ce que je dise oui aujourd'hui. Mes amies m'ont escortée dans un salon privé ultra-VIP. L'une d'elles a poussé un jeune homme à s'asseoir à côté de moi, en me faisant un clin d'œil complice. — Camille, voici un petit nouveau. Tu veux essayer ? Une nuit avec lui, et tu oublieras jusqu'au nom de Julien. J'ai haussé un sourcil, observant la scène. L'ambiance dans la pièce s'est détendue d'un coup. Le garçon à côté de moi, sentant ma proximité, a serré les lèvres, ses mains crispées nerveusement sur ses genoux. J'ai laissé échapper un léger rire, posant ma main sur ses doigts serrés, et j'ai murmuré : — Tu es nerveux ? Il a hoché la tête rapidement, avant de se raviser. — N-non, pas du tout. Après des années passées face au visage froid et impassible de Julien, même quand je lui hurlais dessus, voir la réaction si innocente de ce jeune étudiant était rafraîchissant. Il jouait peut-être la comédie, mais franchement, qu'est-ce que j'en avais à faire ? Après ce soir, nous ne serions plus rien l'un pour l'autre. Qu'importe que ce soit vrai ou faux. Soudain, Julien a enfoncé la porte du salon. À ce moment-là, j'avais les yeux un peu embrumés par le champagne. J'étais blottie contre l'épaule de l'étudiant, mes lèvres frôlant son oreille pour lui demander : — Comment tu t'appelles ? Le garçon avait les oreilles d'un rouge écarlate, mais il avait pris assez d'assurance pour me serrer la main. Il a répondu timidement : — Hugo. Le silence est tombé d'un coup sec dans la pièce. J'ai tourné la tête. Devant moi se tenait un pantalon de costume sur mesure, d'une coupe impeccable. J'ai levé les yeux pour tomber sur le regard noir de Julien, brûlant de rage. Puis, sous les exclamations étouffées de l'assemblée, il m'a arrachée du canapé et m'a traînée hors du salon. Il bouillonnait de colère, une fureur presque palpable. Il m'a poussée dans l'ascenseur, puis dans le parking souterrain. Il a déverrouillé sa voiture et m'a pratiquement jetée sur le siège passager. Mon poignet, là où il m'avait saisie, me lançait affreusement. La portière conducteur s'est ouverte. Julien s'est glissé derrière le volant. Il a attrapé des mouchoirs dans la boîte, son visage livide alors qu'il m'attrapait le menton pour essuyer brutalement mes lèvres. Le rouge à lèvres rouge vif a taché le papier. Ses yeux se sont assombris, sa prise s'est resserrée. Ça me faisait tellement mal que je me suis débattue, en vain. Alors, j'ai levé la main et je lui ai décoché une violente gifle. *Clac !* Le bruit sec a résonné dans l'habitacle. La tête de Julien a tourné sous l'impact. J'ai retiré ma main calmement. — Brutaliser une femme n'est pas très poli, Julien. C'est ça que tes parents t'ont appris ? Soudain, ces mots m'ont paru terriblement familiers. Je me suis souvenue de lui, debout devant moi, me regardant avec mépris en me demandant *« Où est passée ton éducation ? »* quand je m'en prenais à ses maîtresses. Je n'avais pas peur de l'avoir frappé, et je ne ressentais aucune culpabilité. Julien n'avait pas l'air d'humeur à argumenter aujourd'hui. Il a démarré la voiture, le visage sombre comme un jour d'orage. J'ai posé ma tête contre la vitre, regardant les gouttes de pluie s'écraser et couler sur le verre. J'étais d'une humeur étonnamment légère. — Tu sais, aujourd'hui, j'ai enfin goûté à la vie que tu mènes d'habitude. C'est plutôt sympa, en fait. Les petits jeunes ont tellement d'énergie... Rien que de les regarder, ça redonne le sourire... — Tais-toi. La voix de Julien était lourde de menaces. Je l'ai ignoré et j'ai continué : — Je commence à te comprendre, maintenant. Tu as raison, c'est tellement ennuyeux de voir la même tête année après année. C'est normal de vouloir de la nouveauté... — Camille, j'ai dit de te taire ! La voix de Julien a déraillé. — Ce petit jeune aujourd'hui était tellement mignon, tout timide. Si tu étais arrivé un peu plus tard, je l'aurais sûrement embrassé... Julien a écrasé les freins. Les pneus ont hurlé sur le bitume mouillé. Mon corps a été projeté en avant par l'inertie, la ceinture me coupant presque la respiration. Je me suis tournée vers lui. Julien me fixait, les yeux injectés de sang, la poitrine haletante. Je ne comprenais pas pourquoi il était si furieux. C'était lui qui disait s'en foutre, lui qui m'avait dit de faire ce que je voulais. Et maintenant, il réagissait comme s'il venait de me prendre en flagrant délit d'adultère. Sa colère me donnait juste envie de rire. En fait, son visage déformé par la rage était presque laid. J'ai détourné le regard. Un silence de plomb s'est installé dans la voiture, seulement troublé par sa respiration saccadée. Après un moment, il a sorti un paquet de cigarettes et son briquet. J'ai froncé les sourcils. — Sors si tu veux fumer. Je déteste cette odeur. Sa main s'est figée. Il a détaché sa ceinture, a ouvert la portière et est sorti. Il pleuvait à verse. Julien n'est pas revenu tout de suite, restant immobile sous la douche froide pendant de longues minutes. Quand il est enfin remonté, il était trempé jusqu'aux os, une cigarette humide et tordue serrée entre ses doigts, éteinte. Il a apporté le froid et l'humidité avec lui dans l'habitacle. Je me suis collée contre la portière pour m'éloigner. Julien s'est figé, puis a jeté la cigarette gâchée sur la console centrale sans un mot, avant de redémarrer.Après cette nuit désastreuse, Julien a semblé changer radicalement de comportement. Il s'est mis à rentrer tous les jours. La maison étant un bien commun, je n'avais aucune raison de lui en interdire l'accès. Je l'ai simplement laissé se réinstaller. J'avais l'habitude de lire après le dîner. Un soir, j'ai ouvert la porte du bureau et je l'ai vu assis derrière la table de travail, les yeux fixés sur son écran, les doigts tapant frénétiquement sur le clavier. Sentant son regard se poser discrètement sur moi, je me suis arrêtée, puis j'ai refermé la porte pour aller dans la salle de sport de la maison. Quelques minutes plus tard, Julien y est entré à son tour. Il s'est planté devant mon tapis de course, m'observant en silence pendant un long moment avant de se décider à parler. — Il n'y a plus de papier dans l'imprimante. J'ai regardé dans le placard du couloir, mais je n'en ai pas trouvé. Il est où ? J'ai appuyé sur le bouton d'arrêt du tapis, j'ai attrapé ma serviette pour essuyer la sueur sur mon front. — S'il n'y en a pas là-bas, c'est qu'il n'y en a plus. Je ne m'en sers jamais, alors Mme Laurent n'en a pas racheté. Si tu en as besoin, demande-lui d'aller en chercher demain. Il a secoué la tête. — Laisse tomber. Puis il m'a regardée avec une expression indéchiffrable, ouvrant la bouche comme pour ajouter quelque chose, avant de se raviser. J'ai fait semblant de ne rien voir. Je n'avais absolument aucune envie de discuter avec lui. Je suis descendue du tapis et je suis passée devant lui pour aller directement sous la douche. Le lendemain matin, en descendant pour le petit-déjeuner, Julien était déjà assis à table. Mme Laurent a apporté deux assiettes de grilled cheese bien dorés, dégoulinants de cheddar et de bacon croustillant. En les voyant, il a froncé les sourcils. J'adorais ce genre de petit-déjeuner salé et réconfortant. Mais Julien avait passé des années à l'étranger et ne jurait que par des déjeuners diététiques très stricts. Comme il n'était jamais là ces derniers mois, Mme Laurent, qui était récemment engagée, n'avait aucune idée de ses habitudes alimentaires. Remarquant le regard inquiet de la gouvernante, j'ai fini par poser ma fourchette. — Mme Laurent, il ne mange pas ce genre de choses. Vous pouvez débarrasser son assiette. Mme Laurent s'est avancée pour prendre l'assiette de Julien, mais il l'a devancée en retenant le plat. — Non, c'est très bien. Il a coupé un morceau du sandwich avec son couteau et l'a porté à sa bouche. À ce moment-là, son téléphone posé sur la table s'est mis à vibrer. Mon regard s'est posé dessus par curiosité, juste à temps pour le voir se dépêcher de rejeter l'appel. Après avoir avalé ma dernière bouchée, j'ai pris une serviette pour m'essuyer les lèvres. En voyant Julien se forcer visiblement à finir son assiette, j'ai dit d'un ton détaché : — Julien, à quoi ça sert ? Se forcer à s'adapter à une vie qui ne te convient pas... Ce n'est pas nécessaire, tu sais. Je n'avais pas besoin de lui faire un dessin : il devait bien se rendre compte à quel point il n'avait plus sa place ici. Pourquoi s'infliger quelque chose d'aussi absurde ? Julien s'est figé, puis, sans un mot, il a coupé une énorme bouchée, l'a fourrée dans sa bouche, a mâché rapidement, a avalé, et a seulement dit : — Je ne me force pas. J'ai ricané doucement avant de remonter dans ma chambre. Moins de deux minutes plus tard, Julien a fait irruption dans ma pièce, le visage rouge de colère. Il tenait mon téléphone à la main et a exigé : — Camille, tu es encore en contact avec ces types louches de l'autre soir ? L'écran affichait un numéro masqué qui venait de raccrocher. Je ne l'ai même pas regardé. — Julien, tu as un problème psychiatrique ou quoi, dès le matin ? Une veine battait sur la tempe de Julien. Contenant sa rage, il a articulé : — C'est moi qui ai un problème ? Explique-moi pourquoi un mec t'appelle à cette heure-ci ! J'ai poussé un soupir exaspéré. — Tu es *vraiment* sûr de vouloir ouvrir ce sujet ? Tu sais parfaitement qui vient de t'appeler toi, il y a deux minutes, non ? C'était comme s'il venait de recevoir un coup de poing dans l'estomac. La colère dominatrice de Julien s'est évaporée instantanément. Une lueur de culpabilité a traversé ses yeux, et il est resté planté là, maladroit, son téléphone à la main. Je l'ai ignoré, m'installant sur le fauteuil près du lit pour feuilleter un magazine de mode. Julien s'est mis à faire les cent pas dans ma chambre, les mains sur les hanches. Le bruit de ses pas m'irritait au plus haut point. Avant que je puisse lui ordonner de sortir, il a semblé prendre une décision héroïque. Il s'est arrêté devant moi. — Je vais couper les ponts avec toutes les autres. Je ne les reverrai plus. On va arranger les choses entre nous. C'était comme si une digue venait de céder. Il s'est mis à parler sans s'arrêter, un contraste saisissant avec son silence habituel. — Ce que j'ai fait avant était mal. Je ne recommencerai plus. Tu voulais faire ce voyage au Japon, non ? Dès que j'aurai bouclé mes dossiers en cours, on pourra... — Julien. Je l'ai coupé, un sourire ironique aux lèvres. — Tu ne penses tout de même pas qu'il suffit de dire "on oublie tout" pour que tout s'efface ? Il s'est tu instantanément, une immense détresse dans le regard. Je l'ai observé, le cœur parfaitement calme. — Parfois, je me demande à quel point on doit être égoïste pour détruire quelqu'un à ce point, et s'attendre à ce qu'il vous pardonne avec un simple sourire. La gorge de Julien s'est serrée. — J'ai eu tort, je... J'ai secoué la tête. — J'ai beaucoup réfléchi ces derniers jours. Pourquoi est-ce que j'ai réagi de manière si hystérique la première fois que tu m'as trompée ? Avec le recul, je me dis que j'avais tort, moi aussi. J'avais tort de ne pas accepter le fait que quelqu'un qui m'avait aimée pendant des années puisse s'arrêter de m'aimer du jour au lendemain. C'est parce que je refusais d'admettre cette réalité que je suis devenue folle. Pendant que je racontais mon cheminement émotionnel avec ce détachement presque clinique, une honte profonde a fini par se peindre sur les traits de Julien. Mais j'ai souri doucement : — Tu n'as pas besoin d'avoir l'air coupable. Ces deux derniers jours, en te voyant t'énerver contre moi, j'ai réalisé à quel point mon propre visage devait être hideux à l'époque, quand je hurlais et que je détruisais tout devant toi. Mes doigts tapotaient doucement l'accoudoir du fauteuil. — En y repensant, c'est tellement ridicule. Pourquoi me rendre laide pour quelqu'un qui a piétiné ma sincérité ? Pourquoi... pourquoi devrais-je essayer de me détruire pour quelqu'un comme toi ? Tout en parlant, j'ai lentement détaché la montre de mon poignet droit. La cicatrice boursouflée et rougeâtre, semblable à un mille-pattes hideux, barrait ma peau d'une pâleur maladive. Personne ne savait ce que j'avais traversé durant les six premiers mois de ses infidélités. La première fois, c'était avec une assistante d'un de ses partenaires commerciaux. Lors d'un séminaire, elle s'était frottée à lui, et Julien, ravi, l'avait emmenée dans une chambre d'hôtel. Une amie les avait vus, avait filmé la scène et me l'avait envoyée. J'avais fait un scandale mémorable, et Julien avait juré ses grands dieux qu'il ne s'était rien passé, promettant de faire attention à l'avenir. Plus tard, ce fut une jeune influenceuse qui faisait la promotion de sa marque, puis une stagiaire... Julien ne cherchait que le plaisir physique, sans attachement, passant de la discrétion coupable à l'impudeur totale. Au début, j'ai hurlé, j'ai tout cassé, j'ai menacé de me foutre en l'air. Je l'ai insulté, perdant toute mon éducation bourgeoise pour ne devenir qu'une furie hystérique. Et lui me regardait toujours avec ce dégoût distant, me répétant froidement : *« Arrête de faire des scènes, arrête de te donner en spectacle. »* Jusqu'à ce que je devienne totalement insensible. Dès que Julien a aperçu la cicatrice sur mon poignet, son visage a perdu toute couleur. Il s'est lentement agenouillé devant moi, cherchant à attraper ma main. Quand je me suis écartée, il a murmuré d'une voix brisée : — Camille, je suis désolé... Je suis tellement désolé... J'ai baissé la tête vers lui, un sourire cruellement satisfait sur les lèvres. — Julien, aujourd'hui, je me trouve tellement stupide d'avoir agi ainsi. Même si je t'avais récupéré, et après ? Je n'aurais jamais pu passer outre. En regardant tes mains, je me serais demandé si elles avaient caressé d'autres femmes. En regardant tes lèvres, je me serais demandé si elles en avaient embrassé d'autres. Chaque parcelle de ton corps me dégoûte. Je ne veux même plus que tu me touches, parce qu'à chaque fois, j'ai juste l'impression que tu es... Sous ses yeux suppliants, j'ai lâché le mot de la fin : — Sale. Ce simple mot a semblé briser instantanément l'homme hypocrite assis devant moi. Il s'est relevé lentement, l'air totalement anéanti, comme s'il allait s'effondrer d'un instant à l'autre. J'ai levé un doigt, pointant la porte de la chambre. — Maintenant, sors de ma chambre.