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Ma rivale m'a envoyé son bilan annuel. Elle réclame un bonus
La veille du Nouvel An, un fichier a atterri dans ma boîte mail. Objet : Mon bilan de performance annuel avec votre mari. Point 1. Nombre total de rapports sexuels avec votre mari cette année : 150. Objectif dépassé (KPI validé). Point 2. Convaincre votre mari de m'acheter une villa et une voiture de luxe. Objectif atteint. Point 3. Faire en sorte que votre fils m'appelle "Maman" tous les jours. Objectif atteint. Point 4. Vous affronter courageusement pour revendiquer mon droit au bonheur. Mission accomplie ! Madame Belmont, j'ai pris grand soin de votre mari et de votre fils. Alors, allez-vous m'accorder mon bonus de fin d'année, ou préférez-vous simplement signer les papiers du divorce ? Une photo était jointe au message. On y voyait Arthur Belmont, le bras autour de la taille de cette femme. Devant eux se tenait mon fils de sept ans, Hugo. Cette femme n'était autre que la professeure de piano de mon fils. 1 Arthur est rentré à la maison juste au moment où je parcourais ce fameux bilan. Voyant mon écran, il a tout de suite paru nerveux. Ne t'avise pas de t'en prendre à elle ! a-t-il lancé sur la défensive. C'est moi qui ai craqué le premier. Elle est innocente dans cette histoire. Je te donnerai tout ce que tu veux en compensation. Je l'ai regardé, le regard glacé. Je veux juste que tu redeveines ce que tu étais avant. C’est-à-dire le moins que rien, sans un sou et rejeté de tous, que tu étais quand je t'ai rencontré. Mais il a mal compris mes paroles. Soulagé, il s'est visiblement détendu. Puisque tu es au courant pour Mélissa et moi... pourquoi ne pas l'inviter à passer le réveillon du Nouvel An avec nous ce soir ? Il a dit ça avec un aplomb déconcertant, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde. Je n'arrivais pas à croire que cet homme était celui que j'aimais depuis quinze ans. Comment pouvait-il être aussi impudent ? Arthur a levé la main pour me caresser les cheveux, comme il le faisait autrefois. Je me suis reculée d'un coup sec. Mes yeux me brûlaient. Fais ce que tu veux. De toute façon, j'ai une expérience cruciale à terminer au laboratoire. Désormais, Arthur et Hugo ne feraient plus partie de mes projets de réveillon. Je me suis tournée pour monter à l'étage. Derrière moi, j'ai entendu Arthur ronchonner : Toujours tes expériences d'abord. Je passe toujours après tes éprouvettes. Tu espérais quoi, franchement ? Que je reste sage dans mon coin ? Je me suis retournée pour lui jeter un dernier regard. Si je te demandais de la quitter maintenant, tu le ferais ? Le sourire sur son visage s'est envolé, remplacé par un air grave. Tu veux la vérité, ou un mensonge confortable ? La vérité. Il n'a pas hésité une seconde. Je ne la quitterai pas. Tout comme tu n'abandonneras jamais tes recherches. Il a marqué une pause, une pointe de reproche dans les yeux. Si tu n'avais pas mis toute ton énergie et ton temps dans ton laboratoire, en me délaissant complètement, Mélissa ne serait jamais entrée dans nos vies. J'ai laissé échapper un rire amer. Alors, son infidélité était de ma faute ? Je passais mes journées et mes nuits dans ce labo à développer les formules médicales de son entreprise, Belmont Pharma, faisant de lui l'un des hommes les plus puissants du secteur. Et au lieu d'être reconnaissant, il me blâmait ? Il a oublié d'où il venait. Très bien. Je vais me charger personnellement de l'y renvoyer. J'ai immédiatement envoyé un message à mon avocat. « Préparez les papiers du divorce. Et bloquez immédiatement toutes mes licences de brevets. Belmont Pharma n'y a plus accès. » À ce moment-là, le téléphone d'Arthur a sonné. Il a baissé la voix, mais j'ai tout de suite reconnu la voix de Mélissa Roussel à l'autre bout du fil. Il essayait de la rassurer. Tout va bien, elle est juste un peu vexée. De toute façon, elle n'a que ses expériences en tête, elle ne s'occupe jamais de moi. Ne renvoie plus de messages de ce genre, d'accord ? Viens pour le réveillon ce soir. Je vais bien m'occuper de toi. Sur le canapé, dans le lit... où tu préfères ! 2 Mes mains tremblaient de rage, mais je me suis interdit de pleurer. Mon avocat m'a répondu presque aussitôt : « Il me faudra sept jours ouvrés. » Sept jours. Dans mon laboratoire, sept jours suffisent pour faire une découverte scientifique majeure. Mais là, chaque seconde me semblait une éternité. J'ai regardé mes mains abîmées par les produits chimiques, mes yeux fatigués, mes acouphènes qui ne me quittaient jamais. Tant de sacrifices, tant de dons de soi... Tout cela n'était qu'une vaste blague. Et j'en étais le dindon de la farce. Je me suis souvenue d'il y a dix ans, quand sa start-up débutait. Il n'avait pas les moyens d'acheter des brevets, ne pouvait produire aucun médicament, et le stress lui faisait perdre ses cheveux. Je m'étais enfermée jour et nuit dans le laboratoire pour lui concevoir des traitements prêts à être commercialisés, bâtissant ainsi l'empire Belmont Pharma. À l'époque, il me répétait que j'étais le plus beau cadeau que le ciel lui ait fait. Quelle ironie. Plus tard dans la nuit, je me suis rendue au laboratoire et j'ai résilié tous les protocoles de recherche en cours pour sa société. En contemplant ce laboratoire vide, un mélange d'émotions m'a submergée. Soudain, mon téléphone a vibré. C'était un autre message provocateur de Mélissa. La photo la montrait à moitié nue dans mon lit, aux côtés d'Arthur profondément endormi. « Madame Belmont, je "prends soin" de votre mari, encore une fois. » « Arthur m'a dit que notre relation ne vous dérangeait pas. Alors, qu'en est-il de mon bonus de fin d'année ? » « Après tout, s'occuper de lui est un travail à plein temps. Arthur était insatiable ce soir. On l'a fait trois fois. » Mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai utilisé un autre téléphone pour enregistrer l'écran et sauvegarder cette preuve, avant de l'envoyer directement à mon avocat. Pour Mélissa, mon silence était synonyme de lâcheté. Le lendemain, Hugo a soudainement fait une forte fièvre et a dû être hospitalisé. Quand je suis arrivée en urgence à l'hôpital, Mélissa était en train de lui servir un bouillon de champignons bien chaud. Elle disait d'une voix mielleuse : Allez mon grand, mange un peu, même si tu n'as pas d'appétit. Tu vas guérir plus vite. Arthur se tenait à côté, les mains négligemment dans les poches, couvant du regard Mélissa et Hugo avec une affection débordante. Tu vois, ta maman t'aime tellement. Mon cœur s'est serré à s'en briser. Nous n'étions même pas divorcés, et il laissait déjà notre fils appeler une autre femme "Maman". Oui, c'est maman Mélissa que j'aime le plus ! La voix joyeuse de Hugo a été le coup de grâce. Elle m'a transpercé l'âme. Entendre mon propre fils appeler cette femme "Maman" m'a coupé le souffle. Mélissa m'a aperçue. Une lueur de triomphe a brillé dans ses yeux, vite masquée par un sourire doucereux. Oh, Héléna. Tu es là. Tu veux donner à manger à Hugo ? Hugo ne m'a même pas jeté un regard. Il s'est blotti contre Mélissa en pleurnichant : Non, je veux que ce soit Mélissa qui me donne à manger ! J'aime trop quand c'est elle. Puis, il m'a regardée avec un air de dédain qui m'a glacé le sang : Ma vraie mère ne pense qu'à ses expériences. Elle ne sait pas s'occuper des gens. Papa et moi, on préfère Mélissa. Mon visage s'est durci. J'ai fixé Hugo dans les yeux. Comment tu viens de l'appeler ? Mélissa, feignant de s'interposer pour protéger l'enfant, a ajouté de l'huile sur le feu : Héléna, s'il te plaît, ne sois pas si dure avec lui. Ce n'est qu'un enfant de sept ans. 3 Arthur s'est interposé entre Hugo et moi pour calmer le jeu. Hugo est malade, ne viens pas l'énerver. Il m'a attrapé par l'épaule pour me pousser vers la sortie. Retourne à ton labo. Mélissa gère très bien la situation. Tu n'as pas besoin de t'en faire. La nausée m'a prise. J'ai repoussé violemment le bras d'Arthur. Ne me touche pas ! Effrayé par mon éclat de voix, Hugo a éclaté de rire... non, il s'est mis à hurler et à pleurer. Mélissa a pris un air catastrophé : Héléna, tu fais peur à Hugo. Si tu es en colère, prends-en toi à moi, pas à lui. Cet enfant est innocent. Ne lui fais pas de mal. Je n'avais plus qu'une idée en tête. J'ai fixé Hugo à travers ses larmes et je lui ai demandé : Est-ce que tu viens de l'appeler maman ? Je m'étais dit que s'il s'excusait, s'il promettait de ne plus le faire, je lui pardonnerais et je le prendrais avec moi après le divorce. Mais les mots qui sont sortis de sa bouche m'ont achevée : Tu es ma mère biologique, mais Mélissa est ma maman aussi ! Je l'adore, elle est gentille avec moi, elle s'occupe de moi et m'apprend le piano ! Toi, tu t'en fous, tu ne penses qu'à tes formules chimiques. Elle est mille fois mieux que toi ! Ces mots m'ont frappée comme la foudre. Mes larmes ont coulé, silencieuses et incontrôlables. Arthur m'a traînée de force dans le couloir de l'hôpital en me grondant : Pourquoi tu te défoules sur notre fils ? Tu n'as rien à faire ici. Retourne dans ton labo ! Sur ce, il est retourné dans la chambre et a verrouillé la porte pour m'empêcher d'entrer à nouveau. Ce soir-là, Béatrice Belmont, ma belle-mère, est venue me trouver à la maison. Héléna, tu es une femme formidable. Je t'ai toujours respectée. Elle m'a pris la main, la tapotant doucement d'un air hypocrite. Les hommes ont tous leurs petits écarts, n'est-ce pas ? Mélissa peut t'aider à t'occuper d'Arthur, et de Hugo aussi. Franchement, si tu y penses, c'est une bénédiction pour toi. Tu n'as plus à "servir" ton mari, ni à t'encombrer des caprices de ton fils. Tu peux te consacrer entièrement à tes recherches. N'est-ce pas l'idéal ? Mon cœur était plus froid que la banquise. J'ai retiré ma main calmement. Oui. Je ne me mettrai plus en travers de leur chemin. Les yeux de Béatrice ont brillé de joie, pensant m'avoir convaincue. Parfait ! Dans ce cas, je vais faire préparer la chambre d'amis juste à côté de la tienne pour Mélissa. Comme ça, elle pourra habiter ici, donner des cours de piano à Hugo et t'aider à gérer la maison. Voyant que je ne disais rien, elle a pris mon silence pour un consentement. Elle m'a tapoté le dos en souriant : Je le savais ! Tu es une femme tellement raisonnable ! Toute excitée, elle a immédiatement ordonné à la gouvernante de préparer la chambre d'amis. Elle s'est empressée d'appeler Mélissa. Mélissa, ma chérie, tu peux emménager dès ce soir. La chambre est prête. Viens vite, comme ça on pourra faire du shopping ensemble demain ! 4 Quand Arthur a ramené Mélissa à la maison, j'étais sur le point de partir. En voyant mes valises, Mélissa a joué les timides, l'air faussement coupable. Oh... Héléna a l'air contrariée. Peut-être que je ne devrais pas m'installer ici finalement... Je lui ai répondu d'un ton glacial : C'est la maison des Belmont. Tu peux y rester aussi longtemps que tu le souhaites. Je ne m'en mêlerai pas. Sur ce, j'ai pressé le pas. Arthur m'a rattrapée et m'a fermement saisie par le poignet. Tu es vraiment d'accord avec ça ? Si ça te pose un problème, Mélissa et moi pouvons loger ailleurs. J'ai dégagé ma main. Mon cœur était mort, ma voix d'un calme effrayant. J'ai juste du travail urgent à régler. Votre cohabitation ne me fait strictement rien. Il a poussé un soupir de soulagement, le ton adouci. D'accord. Va bosser. Appelle-moi quand tu as fini, je viendrai te chercher. Après avoir franchi le seuil de la maison des Belmont, je n'y ai plus jamais remis les pieds. Le 31 décembre, l'entreprise d'Arthur organisait son grand gala de fin d'année. Il avait invité tout le monde, sauf moi. Par coïncidence, je passais devant l'hôtel de luxe où se déroulait l'événement. À travers les grandes baies vitrées, j'ai vu Arthur tenir la main de Mélissa, tandis que Mélissa tenait celle de mon fils. Ils sont montés ensemble sur scène sous les applaudissements. Aux yeux de tous, ils incarnaient l'image parfaite de la famille idéale. Arthur a pris le micro, la voix chaleureuse et émue. Cette année a été incroyable pour moi. Je tiens à remercier ma compagne pour tout son soutien et sa tendresse. Mes yeux me piquaient, comme si on y avait planté des aiguilles. Le micro a été tendu à Hugo. Il a souri de toutes ses dents à Mélissa. La personne que je veux le plus remercier, c'est ma maman Mélissa. Merci de me donner autant d'amour. Je t'aime fort ! Sur ces mots, Hugo s'est jeté dans les bras de Mélissa. La salle a éclaté en applaudissements nourris. Du haut de la scène, Mélissa m'a aperçue dans le hall. Alors que je me tournais pour partir, elle s'est empressée de descendre pour me barrer la route dans le couloir vide. Alors Héléna, on encaisse sans broncher ? Je sais que tu as trop peur de faire un scandale parce que tu es terrifiée à l'idée de perdre la vie de château des Belmont. Mais tu penses vraiment pouvoir garder ton titre d'épouse juste en fermant les yeux ? Je l'ai regardée avec un mépris souverain. On verra bien qui rira la dernière. Elle a ricané, débordante d'assurance. Oh oui, on verra ! Ton fils, ton mari... ils ont tous les deux proclamé mon statut devant le monde entier ! Qu'est-ce qu'il te reste pour te battre ? Je l'ai ignorée et j'ai tracé ma route. Elle allait bientôt réaliser que ce pour quoi elle s'était battue avec tant d'acharnement n'était qu'un tas d'ordures sans valeur. Le soir du réveillon, la villa Belmont brillait de mille feux. Chaque année, c'était moi qui préparais personnellement le dîner de fête. Arthur a enfin pensé à m'appeler, mais après plusieurs tentatives, personne ne répondait. Une angoisse inexplicable a commencé à lui serrer la poitrine. Mélissa, toujours aussi prévenante, lui a dit : Arthur, c'est mon premier Nouvel An ici. Laisse-moi préparer le dîner. Héléna est sûrement encore enfermée dans son laboratoire. Tu l'appelleras quand on passera à table. Arthur a essayé de garder un visage impassible, mais une panique sourde l'envahissait. Une fois le dîner prêt, Arthur n'arrivait toujours pas à me joindre. Le majordome de la maison est alors entré dans le salon, un pli à la main. Monsieur, ceci a été livré par coursier de la part de Madame Belmont. Arthur a déchiré l'enveloppe. Les mots « CONVENTION DE DIVORCE » se sont affichés en lettres capitales, le frappant de plein fouet. Au même moment, son téléphone portable s'est mis à vibrer. C'était son assistant, Thomas, la voix tremblante de panique : Monsieur Belmont, urgence absolue ! Madame Belmont a révoqué toutes ses licences de brevets. L’entreprise est complètement bloquée !