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Puisque je suis morte, pleure-moi
J'ai été kidnappée en même temps que Camille, le premier amour de Vincent. Il a débarqué avec cinq cent mille euros de rançon et a choisi de sauver Camille sans la moindre hésitation. Même mon propre fils, Noé, que j'avais porté pendant neuf mois, a crié : « Je veux qu'on ramène Tata Camille avec nous ! Papa, elle va avoir peur si on la laisse toute seule ! » Dans ma tête, la voix du Système a retenti froidement : « Votre mission est déclarée comme un échec. Dès que votre enveloppe physique aura cessé de vivre, vous serez rapatriée dans votre monde d'origine. » Dès cet instant, je n'ai plus eu qu'une seule obsession : mourir au plus vite pour enfin rentrer chez moi. Mais quand mon mari et mon fils ont fini par comprendre que je voulais réellement en finir, ils se sont jetés sur moi en pleurant : « Pardonne-nous... s'il te plaît, ne nous abandonne pas, d'accord ? » Après douze ans d'efforts acharnés pour tenter de gagner le cœur de Vincent, il a quand même choisi Camille sans hésiter une seule seconde. Vincent a dénoué les cordes qui retenaient Camille à une vitesse folle, les yeux pleins d'angoisse pour elle. À côté d'eux, Noé imitait son père en massant doucement les poignets rougis de la jeune femme, soufflant dessus de temps en temps : « Ne pleure pas, Camille, je souffle pour que la douleur s'en aille. » Tous les trois formaient un tableau de famille si parfait, si harmonieux... Ils avaient totalement oublié que j'étais encore à la merci du ravisseur. Même l'homme armé n'a pas pu s'empêcher de ricaner devant une telle absurdité : « Ton mari est en plein délire romantique, ma pauvre. Il ne viendra clairement pas te chercher. Autant que je te liquide tout de suite, non ? » En les regardant escorter Camille vers la sortie, le Système a officiellement acté mon échec. La décharge infligée en guise de punition m'a fait sombrer instantanément dans l'inconscience. Dans les vapes, j'ai juste entendu la voix paniquée du preneur d'otage qui tentait de retenir mon corps inerte : « Merde, je disais ça pour rire ! Je lui ai fait peur à ce point ? Faut que je l'emmène à l'hôpital tout de suite, si elle claque entre mes mains, je prends perpète ! »À mon réveil à l'hôpital, j'ai immédiatement demandé confirmation au Système dans ma tête : « Tant que ce corps est mort cliniquement, je peux rentrer chez moi, c'est bien ça ? » Après avoir reçu une réponse affirmative, je me suis dirigée vers la fenêtre. La chambre était située au cinquième étage, à une bonne quinzaine de mètres du sol. Un saut depuis cette hauteur serait fatal à coup sûr. J'ai ouvert le battant et j'ai sauté dans le vide. Une violente sensation d'apesanteur m'a saisie. Le vent sifflait férocement contre mes tympans. Pourtant, je ne ressentais aucune panique. Au contraire, j'avais hâte d'en finir. Encore quelques secondes, et je serais de retour chez moi — dans un monde où quelqu'un m'aimait vraiment. J'ai fermé les yeux, sereine. La seconde d'après, ma chute s'est brutalement interrompue. Une main m'a agrippée par le bras avec une force inouïe. La violence du choc a failli m'arracher l'épaule, envoyant des décharges de douleur atroce dans toute ma cage thoracique. J'ai rouvert les yeux, persuadée d'avoir le bras brisé. Celui qui me retenait n'était autre que Tristan, le demi-frère de Vincent. J'ai levé les yeux vers ce jeune homme en sueur et j'ai murmuré calmement : « Lâche-moi. » Tristan serrait les dents, raffermissant sa prise de toutes ses forces pour me hisser vers le rebord. Il a hurlé : « Tout ça parce que mon frère ne t'a pas choisie ? Tu te jettes par la fenêtre pour une connerie pareille ? T'as complètement perdu la tête ou quoi ?! » J'ai tendu mon autre main pour décoller ses doigts, un à un. « Tristan, si je meurs, tu seras débarrassé de moi, non ? C'est ce que tu voulais. Alors lâche. »Tristan me détestait. À vrai dire, tous les proches de Vincent me méprisaient. À l'époque, après que Camille s'était enfuie avec un autre homme, Vincent m'avait épousée sous la pression de ses parents. Pour tout son entourage, je n'étais qu'une profiteuse sans scrupules, une briseuse de ménage qui avait profité de son désespoir. Ils m'isolaient, me rejetaient et m'ignoraient ouvertement. Et Tristan était toujours au premier rang pour me pourrir la vie. Sous prétexte de son statut de frère, il débarquait à l'improviste dans la propriété familiale pour piétiner tous les parterres de gypsophiles que j'avais plantés dans le jardin. Sachant pertinemment que j'étais asthmatique et allergique aux poils de chat, il avait poussé Noé à ramener un chaton errant à la maison. Quand j'avais refusé, il avait incité le petit à faire un scandale. La crise avait retourné tout le salon. Tristan, lui, observait le spectacle de loin, jouant soudainement les âmes charitables : « Ce n'est qu'un pauvre chaton. Laisse-le faire s'il en a envie, sois pas si aigrie. » Noé s'était mis à hurler de plus belle, se roulant par terre : « Maman est méchante ! Je veux mon chaton ! » J'avais fini par mettre Tristan et le chat à la porte, avant d'expliquer patiemment à Noé mon allergie, en lui promettant qu'on adopterait un chiot à la place. Mais après le lavage de cerveau de Tristan, Noé ne voulait rien entendre. Il me frappait de ses petits poings en réclamant son chaton. Ce jour-là, un fossé irréversible s'était creusé entre mon fils et moi. Tristan en avait profité pour continuer à monter Noé contre moi, apprenant à ce gamin à me mépriser. Il s'était comporté comme un poison, ruinant mon quotidien jour après jour.Je n'ai pas pu mourir ce jour-là. Le vacarme provoqué par Tristan a alerté le personnel soignant. À plusieurs, ils ont réussi à me tirer à l'intérieur. Tristan m'a jeté un regard sombre, a refermé la fenêtre avec force, puis a sombré dans un silence inhabituel. Ses mains tremblaient sans arrêt, couvertes de marques rouge violacé là où mes doigts s'étaient accrochés. « Alix... je ne te déteste pas autant que tu le crois », a-t-il murmuré en baissant la tête, sa frange dissimulant son regard. J'ai cru percevoir une note de culpabilité dans sa voix. Mais avant que je puisse chercher à comprendre, Tristan a croisé les bras et a relevé le menton, reprenant aussitôt son air supérieur et provocateur : « C'est encore une de tes comédies ? Laisse-moi te dire un truc : mon frère ne tombera pas dans le panneau de tes chantages affectifs. Tu vas juste réussir à le dégoûter encore plus... » Pendant qu'il monologuait dans son coin et que les infirmiers s'affairaient autour du moniteur, j'ai profité d'une seconde d'inattention pour retourner vers la fenêtre et l'ouvrir d'un geste sec. Avant même que je puisse enjamber le rebord, Tristan m'a plaquée en arrière. Après deux tentatives consécutives sous ses yeux, il a fini par comprendre que je ne cherchais pas à faire du cinéma : je voulais réellement crever. Il m'a tirée loin de l'ouverture et, s'assurant que je ne pouvais plus bouger, a commencé à me parler d'un ton nettement plus doux, presque suppliant : « Arrête de faire n'importe quoi, putain... La terre ne s'arrête pas de tourner autour de mon frère ! Il y a plein d'autres mecs, pourquoi tu t'obstines avec lui ? » Il a toussé légèrement, les joues subitement rouges. « J'avoue que Vincent est un mari minable, d'accord ? Mais tu n'as qu'à divorcer ! Ça ne vaut pas le coup de mourir pour lui. Qui te dit qu'il n'y a pas déjà quelqu'un d'autre qui t'aime en secret sans que tu t'en rendes compte ? »