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Laissée en gage à Vegas, Mon frère adoptif est le patron
Un an après avoir retrouvé ma famille biologique, Victoria, la fille adoptive qui avait pris ma place pendant plus de dix ans, m'a proposé un voyage à Las Vegas pour « resserrer nos liens ». Par précaution, mon fiancé Tristan avait tenu à nous accompagner. J'étais loin de me douter qu'ils allaient accumuler une dette de jeu astronomique au casino. Pour fuir, Tristan m'a laissée derrière lui comme garantie et s'est volatilisé avec Victoria, sans laisser de traces. Plaquée au sol par les hommes de main du casino, j'allais subir leur vengeance. Mais au milieu de ma lutte désespérée, j'ai aperçu l'écran du chef de gang. Le contact étiqueté « Propriétaire du Casino » affichait un numéro que je connaissais par cœur : celui de Damien, le frère qui m'avait choyée pendant toute mon enfance. *** — Elle est où, cette garce ? Amenez-la-moi ! Accroupie dans un coin de la pièce, je tremblais de tout mon corps. La porte verrouillée cédait peu à peu sous des coups d'une violence inouïe. Une semaine plus tôt, je n'aurais jamais imaginé que cette escapade organisée par mon fiancé me mènerait tout droit dans un casino clandestin. Tristan et Victoria avaient joué jour et nuit de façon totalement irresponsable. Et au final, c'était moi qui payais les pots cassés. Dans un fracas assourdissant, la porte a volé en éclats. Plusieurs colosses vêtus de noir ont fait irruption. J'ai brandi une lampe de chevet pour me protéger, le regard plein de terreur : — Ne m'approchez pas ! Tristan est parti chercher l'argent. Il va bientôt régler la dette ! Le chef a craché par terre avec mépris : — Arrête de me prendre pour un con, gamine. J'ai gobé ton histoire hier soir, je pensais qu'ils paieraient si on te gardait en otage. Mais ce bâtard s'est tiré avec sa copine ! — Quoi ? Ils m'ont abandonnée ? — Fais pas l'innocente. Je suis sûr que vous étiez de mèche ! Une sueur froide a coulé le long de mon front. Le « bâtard » en question était Tristan, mon fiancé. Et la femme qui l'accompagnait n'était autre que Victoria, la fille adoptive qui avait vécu à ma place auprès de mes vrais parents. Ils avaient vraiment comploté pour me laisser pourrir ici ? — Boss, perds pas ton temps à discuter. On va lui donner une bonne leçon. Sur un signe de tête de leur chef, les brutes m'ont encerclée. D'un revers de main, l'un d'eux m'a arraché la lampe et m'a violemment plaquée contre la table. — Lâchez-moi ! Ne me touchez pas ! Dans ma panique, j'ai donné un coup de pied dans le tibia de l'un d'eux. La réplique a été immédiate : une gifle magistrale en plein visage. Ma joue a brûlé instantanément et j'ai senti le goût métallique du sang dans ma bouche. Ces types étaient des monstres. Si je ne trouvais pas une issue très vite, j'allais mourir ici. Le meneur s'est approché avec une cravache, tapotant mon menton avec le manche : — Reste bien sage. Je vais te montrer ce qui arrive à ceux qui ne paient pas leurs dettes. — Pitié, j'ai de l'argent ! Je peux payer, laissez-moi juste partir ! — Tu crois vraiment que je vais encore gober tes conneries ? Si t'étais friquée, ils t'auraient pas laissée croupir là. Cherchant frénétiquement une échappatoire des yeux, mon regard est tombé sur l'écran du portable posé sur la table. Un appel s'affichait avec le nom : « Propriétaire du Casino ». En voyant le numéro, mes yeux se sont écarquillés. Je le connaissais par cœur. C'était celui de Damien ! ***Damien était le fils biologique de mes parents adoptifs. Avant que je ne sois retrouvée par ma famille de sang, il m'avait protégée, gâtée et aimée pendant plus de dix ans. J'avais même découvert qu'il gardait des photos de moi partout dans sa chambre, nourrissant pour moi des sentiments bien plus profonds que ceux d'un simple frère. — Votre patron… c'est Damien Dumont ? ai-je lâché d'une traite. — Tiens, tiens, t'as fait tes devoirs. Tout ce complexe appartient à notre boss en privé. Très peu de gens le savent. Mon cœur a repris un battement régulier. J'ai crié de toutes mes forces : — Damien est mon frère ! On est du même côté ! Relâchez-moi maintenant, je pourrai tout lui expliquer et régler ce malentendu ! Le chef et ses hommes ont échangé un regard, puis ont éclaté d'un rire moqueur. D'un coup sec, il m'a asséné un coup de pied dans le ventre. — De la racaille comme toi qui ose se faire passer pour la petite princesse ? T'as pas honte ? La sœur du patron, c'est son point faible absolu. Tu sais ce qui est arrivé au dernier type qui a osé utiliser son nom ? T'en ferais des cauchemars jusqu'à la fin de tes jours ! Jay, apporte-moi la batte. Je vais lui apprendre le respect au nom du boss ! La douleur m'étourdissait, mais j'ai continué à hurler malgré les larmes : — Mais c'est la vérité ! Appelez-le ! Faites-le venir, il me reconnaîtra tout de suite ! À cet instant précis, le téléphone du chef a vibré. C'était un appel entrant de Damien. J'ai trouvé la force de repousser les gardes et j'ai plongé vers le téléphone : — Donnez-le-moi ! Laissez-moi lui parler ! Il reconnaîtra ma voix ! Le chef m'a assommé d'un revers de main avant d'ordonner à ses sbires de me bloquer au sol. Il leur a fait signe de me maîtriser, puis a décroché avec une servilité écœurante en s'éloignant : — Oui, patron ? Je m'occupais justement d'une arnaqueuse. Que puis-je faire pour vous ? J'ai tenté de crier son prénom, mais on m'a enfoncé un chiffon sale dans la bouche. — On t'a dit de fermer ta gueule, sale peste ! Ils m'ont jetée à terre. Les coups ont commencé à pleuvoir. Roulée en boule, le corps broyé par la douleur, je perdais lentement pied. Le bâillon m'empêchait même de hurler. Damien m'avait toujours traitée comme une reine. Pour une simple égratignure, il remuait ciel et terre. C'est son amour qui m'avait rendue si fière, si indépendante. Même après avoir retrouvé mes parents biologiques, je n'avais jamais manqué de rien. S'il me voyait dans cet état lamentable… j'ignorais comment il réagirait. Alors que j'étais sur le point de sombrer dans l'inconscience, le chef est revenu en courant, le visage décomposé. — Arrêtez ! Arrêtez tout de suite ! ***L'avalanche de coups s'est enfin interrompue. — Qu'est-ce qu'il y a, boss ? Le chef m'a jeté un regard venimeux : — Perdez plus de temps avec cette traînée. Le boss dit que sa sœur a disparu. Elle a été aperçue pour la dernière fois près de notre casino. Mobilisez tout le monde pour la chercher immédiatement. Mon esprit tournait au ralenti. Damien… il surveillait mes faits et gestes même après mon départ ? Il avait remarqué mon absence ? J'ai essayé de me redresser sur mes bras tremblants, émettant des sons étouffés à travers mon bâillon. Un garde m'a violemment repoussée du pied : — Silence ! — Boss, qu'est-ce qu'on fait d'elle ? Le chef a froncé les sourcils, l'air sombre : — Le boss arrive en hélicoptère pour la chercher en personne. Tout à l'heure, cette fille prétendait être sa sœur… Une étincelle d'espoir a jailli en moi. Damien arrivait ! Il allait me sauver et détruire ces pourritures. Mais le chef a repris d'une voix glaciale : — Le patron ne doit surtout pas la voir. Il est déjà fou d'inquiétude. Si cette folle se met à hurler qu'elle est sa sœur, il va péter un câble et passer ses nerfs sur nous. — T'as raison, boss. On l'élimine ? Le chef m'a attrapé la mâchoire pour scruter mon visage : — Elle a une jolie frimousse. Foutez-la au mitard pour le moment. Une fois que le boss aura retrouvé sa vraie sœur et sera reparti, on la dressera pour qu'elle devienne croupière et rembourse sa dette. J'ai secoué la tête avec horreur. Devenir croupière ici ? Je serais captive pour toujours ! Mais mes suppliques muettes n'avaient aucune valeur. Ils m'ont traînée au sol comme un vulgaire sac jusqu'au couloir menant aux cellules d'isolement. Non, c'était impossible. Damien était là. C'était ma dernière chance. Si cette porte en fer se refermait sur moi, je ne reverrais plus jamais la lumière du jour. Au moment où les deux brutes ouvraient la cellule, j'ai rassemblé mes dernières forces pour charger la porte. J'ai attrapé un tuyau métallique qui traînait au sol et l'ai abattu violemment sur le crâne du premier garde. Il s'est écroulé en hurlant de douleur. Avant que le second n'ait le temps de dégainer, je lui ai écrasé la barre de fer en plein visage. L'adrénaline a pris le relais. J'ai couru à perdre haleine, portée par l'instinct de survie. Au-dessus de moi, le vrombissement sourd des pales d'un hélicoptère a déchiré l'air. Damien était là. ***J'ai couru comme une dératée vers la zone d'atterrissage. La porte de l'appareil s'est ouverte. Damien est descendu calmement des marches. Mon cœur a bondi dans ma poitrine. Mais avant que je ne puisse pousser un cri, une main rugueuse s'est plaquée sur ma bouche, et une poigne m'a arraché les cheveux en arrière. — Petite salope ! Tu croyais vraiment pouvoir me frapper et t'en sortir ? T'as envie de crever, c'est ça ? C'était le garde au crâne ensanglanté. Il m'avait rattrapée. À quelques dizaines de mètres de là, le chef accueillait respectueusement Damien. Attiré par le bruit, il a jeté un regard dans notre direction et a discrètement fait un signe de la tête à mon agresseur. En une seconde, on m'a tirée derrière un mur de béton. Damien s'avançait. Il avait l'air épuisé, dévoré par l'inquiétude. Le chef s'est empressé de lui cirer les pompes : — Patron, nous avons réquisitionné tous les enregistrements de surveillance comme vous l'avez demandé. Nous allons retrouver la trace de Mademoiselle. — Emmène-moi à la salle de contrôle. Damien a continué d'avancer d'un pas rapide, passant à quelques centimètres de moi. Seul un pan de mur nous séparait. Soudain, il s'est arrêté net, serrant les poings. D'une voix rauque, presque inaudible, comme s'il murmurait une prière : — Elena, je t'en supplie… sois saine et sauve. Mon visage était baigné de larmes et de sang séché. Il était là, juste devant moi, et je ne pouvais pas émettre le moindre son. On m'a jetée dans la cellule d'isolement. Pour m'empêcher de bouger, ils m'ont déboîté les épaules, m'ont ligoté les jambes et ont resserré mon bâillon à m'en étouffer. Pendant plusieurs jours, Damien n'est pas venu. Le casino souterrain était plongé dans la pénombre, et durant notre séjour, Tristan m'avait gardée enfermée dans notre chambre d'hôtel. Mon visage n'était sans doute apparu sur aucune caméra de sécurité. L'espoir m'abandonnait peu à peu. Puis, au matin du quatrième jour, des bruits de pas précipités ont résonné, accompagnés de la voix de Damien. — Boss, comment pouvez-vous être sûr qu'il s'agit d'elle simplement en voyant cette silhouette de dos ? Ça pourrait être n'importe qui ! Ce n'est qu'une moins que rien laissée en gage pour une dette. La voix de Damien était vibrante de panique et de colère contenue : — Ferme-la ! Où est-ce que vous l'avez enfermée ? — Dans… dans la cellule d'isolement, juste devant. Il m'avait reconnue ! Une vague d'espoir a déferlé en moi. J'ai gémi de toutes mes forces à travers le bâillon pour attirer son attention. Mais les pas se sont arrêtés à une dizaine de mètres de ma porte. — Monsieur Dumont ! Nous venons d'avoir le fiancé de Mademoiselle en ligne. Il affirme qu'elle est déjà rentrée en France. Elle n'a jamais disparu. C'était la voix de son assistant personnel. — Et sa géolocalisation ? a demandé Damien, hésitant. — Les données confirment ses propos. Son téléphone a borné en France il y a trois jours. Il y avait simplement un délai de synchronisation réseau. Tristan. Ce salopard avait pris mon portable avant de fuir avec Victoria. L'appareil contenait le traceur GPS que Damien avait installé. Il s'en servait pour détourner les soupçons ! Le chef de gang s'est empressé d'ajouter : — Vous voyez bien, patron ! Je vous l'avais dit, cette fille enfermée là-dedans ne pouvait pas être votre sœur ! Damien a marqué une pause, puis a ordonné d'une voix éteinte : — Préparez l'avion. On rentre immédiatement. Je veux voir Elena de mes propres yeux pour en avoir le cœur net. — Tout de suite, monsieur. En entendant ses pas s'éloigner, j'ai tout risqué. Oubliant la douleur, j'ai projeté ma tête de toutes mes forces contre la porte blindée. Un « BANG » métallique a retenti dans tout le couloir. Les bruits de pas se sont figés net. La voix de Damien est devenue glaciale : — Qui est enfermé là-dedans, exactement ?